mardi 29 décembre 2020

Les 100 ans du collège d'Arnex sur Orbe

 

Le collège d’Arnex, bientôt 100 ans, en octobre 2021

 

C’est en effet le 30 octobre 1921 que ce collège a été inauguré en grande pompe : Conseiller d’Etat, Chef de service, Inspecteurs, pasteur, instituteurs, autorités, architectes et entrepreneurs vont rejoindre toute la population pour fêter cet évènement.

 



 


Mais auparavant, il aura fallu plusieurs années pour se décider à entreprendre ce lourd investissement, définir le projet et l’emplacement le plus judicieux et puis, après un concours, choisir les architectes.


 Le collège d’Arnex construit en 1920-21

 Jusqu’en 1921, les trois classes du village étaient dispersées dans la localité et se situaient :

      Une dans l’ancien collège construit en 1716  


  Une deuxième classe à l’étage au- dessus de l’ancien abattoir



Et la troisième, à côté de l’église au- dessus de l’ancien pressoir

         

  

 

Un nouveau collège demandé depuis longtemps

Dès 1895 déjà, le Département de l’Instruction publique et des cultes demande que l’on répare les classes ou que l’on construise un collège. Le Conseil général y oppose un refus net, par 70 non contre 11 oui en février 1896. En 1906, puis en 1907, le canton adresse de nouvelles requêtes à la commune, qui rétorque qu’elle a déjà bien assez de frais avec la construction du réseau d’eau pour le village !

En septembre 1911, le canton revient à la charge pour demander également une halle de gymnastique. La Municipalité répond qu’elle se fera avec le nouveau collège, dont l’idée émerge peu à peu.

 

Les premières réflexions de 1912 : où faut-il construire ?

En 1912 est nommée une commission d’étude ; elle commence ses travaux avec une réflexion sur le choix de l’emplacement.

Le premier projet envisage d’ériger la nouvelle école sur le terrain occupé par la bergerie, le long de la route de la Gare. Mais quelques citoyens souhaitent un endroit plus au centre. Une proposition est faite à la famille de Lerber, en train de vendre peu à peu son important domaine. Elle veut bien se défaire de tout le pré compris entre l’avenue du Château et la ruelle de la Riaz vers la grange du Dîme à 30 fr. la perche, mais dans son entier. La Municipalité trouve l’offre trop onéreuse. On construira donc comme prévu en Rueyre, sur du terrain communal, proposition adoptée par le Conseil général.

 

Choix d’un architecte pour le collège

Du fait de la rapide notoriété du projet de construire un collège, les architectes se font très rapidement pressants auprès de la Commune. La Municipalité décide alors d’organiser un concours d’architecture, procédure assez rare à l’époque.

Un jury est désigné en 1918 avec Jaques Monnier (1859-1942) syndic, Melley architecte à Lausanne, Bron architecte de l’Etat de Vaud. Le concours est publié, les projets sont à rendre avant le 29 juin 1918.

Parmi les 37 projets présentés, après plusieurs séances 33 projets sont éliminés et quatre sont primés par le jury.

 

Les quatre projets primés

Commençons par la fin avec le 

4ème prix :            L’école au village de MM Schnell et Thévenaz

 



 

 

3ème prix :            4'520 m2 de M. G. Epitaux

 



 

2ème prix :            Chez nous de M. F. Huguenin

 



 

 

1er prix :              Nozon de MM. Gilliard et Godet

 


La Municipalité retient le projet Nozon, dû aux architectes Gilliard et Godel. Une commission de construction composée de la commission des comptes, plus MM. Henri Morel et Alfred Bovet, se met rapidement au travail.

En 1919, le Conseil général accepte le projet devisé à 320'000 fr., malgré les réserves de certains membres qui auraient voulu le simplifier en supprimant le chauffage central, jugé comme un luxe inutile.

Finalement la crainte de perdre une partie des subsides cantonaux fait admettre le projet tel que proposé par les architectes.

Cependant, par économie ou pour d’autres raisons le projet retenu sera modifié.

Le clocheton et le préau couvert ne seront pas réalisés. Quant à la salle de gymnastique il faudra attendre 1989 pour qu’elle trouve place à côté du collège !

 

Les travaux et la fièvre aphteuse…

Un compte courant de construction de 250'000 fr. est ouvert à la Banque cantonale vaudoise. Arrive ensuite en 1919 la phase de mise en soumission des travaux. Sans entrer dans les détails, relevons que la maçonnerie est l’œuvre de Bollini de Baulmes et que la charpente est attribuée à M. Addor d’Orbe. La suite des travaux est adjugée en 1920 : appareillage, sanitaires, gypserie, menuiserie, carrelages et parquets, lampes et compteurs.

Le 13 août 1920, un évènement imprévu vient perturber les travaux de construction : ce jour là, un cas de fièvre aphteuse est découvert dans une écurie du bas du village. La mise sous séquestre qui s’ensuit de la localité va freiner le bon déroulement des travaux du collège et les maîtres d’état annoncent qu’ils ne pourront pas tenir les délais fixés.

Mais les problèmes de fièvre aphteuse n’intimident guère certains membres de la jeunesse : durant la nuit du 19 au 20 septembre 1920 ils vont cacher la chaudière mise en place dans le village pour procéder aux opérations de désinfection. Comme ils sont devenus d’honorables citoyens, on peut les citer : il s’agissait d’Arnold Lavenex, Frédéric Bovet de Louis, Henri Morel fils, Paul Devenoge, François Gauthey, Charles Bovet de Samuel et Constant Gauthey. Ils écopent d’une amende de 2 fr. plus 60 ct de frais...

Revenons à la construction du collège : le 24 octobre le Conseil général admet un emprunt de 200’000 fr., mais le choix du notaire chargé de la transaction fait éclater un petit incident communal. Pour réaliser cet emprunt, il faut choisir entre MM. Pittet et Richard, tous deux notaires à Orbe, mais sans doute pas du même parti ! C’est finalement l0ffree du notaire Pittet à 5 3/4 % qui emporte l’affaire par 24 voix contre 17 à Richard.

Durant la vive discussion qui précède le vote et pour donner suite à une observation de Georges Monnier, municipal, le syndic Jaques Monnier se lève, donne sa démission et s’en va, laissant les membres du Conseil complètement abasourdis...

En fin de compte, il consent à garder sa fonction jusqu’au 1er décembre 1921. Il a été élu en 1902.

 

Inauguration et coût final du collège

Le collège est inauguré en grande pompe le lundi 31 octobre 1921, en présence du Chef du Département de l’instruction publique.

Vont se succéder, visite des lieux, discours, collations, repas à la Couronne pour les invités et verrée au battoir !

 

Date de l’inauguration au plafond du collège

 

L’inauguration du 30 octobre 1921

Arrivée à 14 h en gare d’Arnex de M. Dubuis, chef du Département de l’Instruction publique, de son chef de service et de l’Inspecteur scolaire.

Au collège, ils rejoignent les entrepreneurs qui ont réalisé ce magnifique bâtiment.

Immédiatement a lieu la visite durant laquelle le Conseiller d’Etat peut féliciter les architectes pour la façon distinguée avec laquelle ils ont dressé les plans et conduit les travaux.

A 15 h grande réunion dans la salle du sous-sol avec environ 200 personnes. C’est le moment des discours et des chants.

Le syndic Jacques Monnier remet les clés aux soins de la Commission scolaire et remercie le Département pour les subsides accordés.

Quant au Conseiller d’Etat, il remercie les autorités et la population en général pour avoir courageusement entrepris cette construction sans reculer devant des dépenses considérables pour doter le village d’un si bel édifice scolaire. Il adresse des paroles d’encouragement au personnel enseignants et fait de solides recommandations aux élèves afin que dans ce nouveau collège, ils développent non seulement leur intelligence mais aussi leur cœur et leur éducation physique et morale.

A 16 h30 la cérémonie se termine par le cantique suisse et par une savoureuse collation préparée par les dames et demoiselles du village.

A 17 h 30 les convives se retrouvent au café de la Couronne pour savourer un menu abondant, excellent et très bien servi. Avec encore quelques discours du pasteur, des architectes et des entrepreneurs !

A 19 h le départ du train disperse les assistants, mais dans la soirée, collation de vin au battoir. Réunion joyeuse qui se prolongera dit-on, assez tard !

 

Coût final du collège

Le coût final se monte à 326'627 fr., soit un montant assez proche du devis. Quant au subside cantonal de 97'980 fr., il sera versé en cinq acomptes annuels ; une telle durée fait réagir la Municipalité, qui espérait recevoir la totalité en un seul versement.

Pour donner un ordre de grandeur notons qu’au budget communal de la commune 1921 il y avait 183’780 fr aux dépenses et 115'920 fr aux recettes.

En 1924, la vente d’une partie du marais de la plaine de l’Orbe à la SGG de Chiètres rapporte 70'470 fr., et permet ainsi de diminuer la dette du collège.

 

Dessin du collège réalisé par les architectes

(Carte vendue au profit du fonds de rénovation du temple de 1922)

 

Les anciennes salles d’école

Le Conseil général ayant accepté la vente de l’ancien collège du bas du village, Alexis Monnier propose en 1921 4'200 fr., ce qui est jugé insuffisant. L’étage du haut est alors loué en 1922 par Louis Devenoge, cordonnier, pour 25 fr. par mois ; il peut y loger sa nombreuse famille avant son départ à Rolle.

Finalement, en 1954, Robert Devenoge achète ce bâtiment pour 3'000 fr. Plus tard, son fils Henri fait un échange avec Charles Monnier qui le transforme complètement pour y créer des appartements.

En 1922, le bâtiment de Jolivat, c'est-à-dire l’ancien pressoir vers l’église sur lequel était aménagée une classe, est vendu aux frères Arnold et Félix Lavenex pour 8‘500 fr.

Quant à la classe située au-dessus de l’abattoir, la commune l’a transformé en appartement.

 

Le collège au fil des années

Depuis 1921 le collège a fort bien traversé les années.

Il a accueilli trois classes au début de son existence, puis deux durant quelques années, à cause du regroupement scolaire et du déplacement des classes à options vers Orbe, ensuite de nouveau trois, et enfin quatre classes, son effectif actuel. Celles-ci peuvent bénéficier de la salle de gymnastique demandée en 1911 et réalisée en 1989 avec la grande salle polyvalente.

Au sous-sol du collège se sont succédé les séances du Conseil général, les soirées et lotos des sociétés et, de 1948 à 1958, les séances de cinéma organisées par le régent Jean-Pierre Vonnez.

En 1954 l’ancienne haie qui sépare le préau de la route de la Gare est remplacée par le mur actuel ; le préau est goudronné en 1956.

En 1967 la chaudière à charbon est remplacée par un chauffage au mazout. En 1977 le sous-sol est modifié pour agrandir la salle.

L’ancienne bibliothèque, plus guère utilisée, a laissé sa place en 1988 à une grande pièce abritant les séances de Municipalité, les bureaux du Greffe municipal, du Contrôle des habitants et de la boursière.

Et, durant de nombreuses années, le collège a hébergé le local de la Caisse de Crédit mutuel avant qu’elle ne parte vers Orbe le 22 décembre 1998.

 

Dernière rénovation

Le collège a subi une profonde rénovation en l’an 2000. Une rénovation qui lui redonne son air pimpant de jadis, mais dont le coût de 450'000 fr. a dépassé celui de sa construction…

Il est vrai qu’en 1921 l’instituteur gagnait 4'000 fr. par an, en étant logé ; le concierge Louis Bovet, pour sa part, touchait 800 fr. par an.

 

Le collège actuel

 

Un projet de cave communale au collège

En 1935, le collège aurait pu jouer un nouveau rôle. En effet, pour lutter contre la mévente des vins, le syndic, suivi par la Municipalité, étudie un projet d’association viticole et de cave communale visant à loger au sous-sol du collège trois cuves à vin d’une contenance totale de 770 hectolitres.

Le Conseil général réserve un accueil mitigé à ce projet. Sans en douter de l’utilité, l’instituteur Martin hésite à faire placer des cuves juste en dessous des classes et craint que le canton ne retire une partie de ses subventions.

Le vote au bulletin secret donne 21 oui et 21 non avec deux abstentions. Le syndic Fréderic Monnier retire alors son projet et, se basant sur une disposition inconnue, indique qu’il aurait fallu au moins trois quarts des voix favorables…

 

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