vendredi 3 février 2023

Le déclin des vignes sur la commune d'Orbe

 

Mais pourquoi a disparu une grande part des vignes de la commune d’Orbe ?

Vers 1890, avec ses 185 ha de vignes, Orbe figurait parmi les plus importantes  communes viticoles de ce canton, mais au fil des ans, elle n’a conservé que 27 ha soit un petit 15%.

Il faut encore préciser que pour ces 27 ha restants, 23 ha sont cultivés  par les vignerons d’Arnex. Ils sont  situés à la Vaux Vully, aux Joncs, aux Pallins et au Creux de Villars.

Citons aussi un viticulteur d’Agiez et un d’Orbe. Pascal Michaud qui plus récemment, avec une nouvelle plantation de 1.5 ha (entre 2012 et 2021) au Creux de Villars, est redevenu le seul vigneron urbigène !

Les vignes actuellement propriétés de la commune d’Orbe

Certes la commune d’Orbe possède encore quelques parchets, mais de petites tailles : 2'018 m2 au Parc Saint Claude et 2'400 m2 aux Nillones, soit à peine un demi hectare, confié à un vigneron d’Arnex.

 

Le vignoble au début du 20 ème siècle 


Quand les vignes arrivaient aux portes de la ville  d’Orbe                                                            Collection Marcel Chevalier

Si nous examinons la carte Siegfried de notre région en 1892, à cette date-là, nous observons un vignoble continu qui s’étendait du village d’Arnex jusqu’à Orbe, mais il y avait aussi  des vignes qui occupaient les pentes situées à l’ouest du Puisoir, tant sur la rive gauche sous Montcherand que sur la droite de l’Orbe. Ainsi qu’au Creux de Rave.

Au nord de la carte de 1892 se trouvaient encore de nombreux parchets vignes occupant le nord de la ville vers la Magnenette, jusqu’aux pentes situées en dessous des mosaïques de Boscéaz.

   


      

Le vignoble de 1892                                                                        Le vignoble de 1935

Cette évolution est bien visible en comparant les différentes cartes de la région, soit celle de 1892 à celle de 1935 et les suivantes.

Entre Arnex et Orbe certains vignobles sont abandonnés et les parcelles de vigne s’effilochent de plus en plus entre le Creux de Villars et la ville d’Orbe, remplacées par d’autres utilisations

 Ainsi la parcelle  Les Perches (en dessous du Devent) est devenue une forêt et les parchets du Gravelet et du Champ Bornu sont transformés en prairies, parfois plus tard en terrains à bâtir près de la ville.

Le déclin du vignoble depuis 1885 avec une légère reprise dès 1964

Période         Surface               Evolution

1886            185 ha

1918            95.4 ha                  moins 89.6 ha

1935            46 ha           moins 49.4 ha

1958            31.8 ha                  moins 14.2 ha


1964            16.1 ha                  moins 15.7 ha

1979            24.8 ha                  plus  8.7 ha            de 1968 à 1981 remaniement

2019            26.9 ha                  plus 2.1 ha

 

Mais de ce vignoble disparu, il reste encore quelques vestiges  avec d’anciennes capites perdues au milieu des pâturages ou dans la forêt crée en dessous du Dévent, une forêt qui cache aussi quelques murs de vigne parmi les arbres.

Anciennes capites de vigne, un peu perdues en forêt ou dans un pâturage

 

Dans le même bois subsistent encore quelques vieux murs de vigne.

   

 

·        Anciens murs de vignes recouvertes par une forêt

Les différentes raisons de cette évolution

Ils ne sont malheureusement plus là tous ces urbigènes qui ont abandonné leur vigne depuis 1900.

Il est donc difficile de déterminer leurs raisons exactes. Alors tentons d’en déterminer quelques-unes.

De nouvelles maladies attaquent la vigne

L’oïdium dès 1850, le mildiou dès 1885 et surtout le phylloxéra vers 1890, tout un cortège de nouvelles maladies qu’il a fallu apprendre à combattre, qui provoquent de nouveaux frais de culture et souvent de lourdes pertes.

 

Le développement de nouveaux sites industriels

Sans pouvoir le prouver, je pense que c’est surtout l’arrivée de différentes industries à Orbe qui a favorisé la diminution du nombre de vignerons de cette localité.

Citons :Le Moulin Rod dès 1871

La brasserie Fertig de 1876

L’usine de Daniel Peter vers 1899, devenue Peter-Cailler-Kohler, puis Nestlé en               1929

Le pénitencier de Bochuz vers 1925

La SGG ( Schweizeriche Gemüse Gesellschaf) en 1918 à Chavornay et ailleurs dans la plaine de l’Orbe

Tous ces nouveaux emplois vont fournir des revenus sans doute plus intéressants que ceux obtenus par la culture de la vigne.

Les subsides d’arrachage de la Confédération accentuent la diminution

Le 18 décembre 1953, avec son statut du vin la Confédération propose des subsides d’arrachage pour la vigne. Entre 30 ct et 1.50 par m2. Certains vignerons d’Orbe vont en profiter. Cette mesure fédérale va imputer le vignoble d’une dizaine d’hectares et inquiète fort les responsables de la Coopérative des viticulteurs qui craignent de perdre des membres.

Faible prix du raisin ou du vin vendu

La Gazette de Lausanne du 16 mars 1957 écrit :

’’ Et lorsqu’on interroge ces vignerons, ils vous disent d’un geste un peu las : Que voulez-vous, voici des années que la vigne ne rapporte pas ce que l’on y a mis pour la mener à bien et la main d’œuvre est devenue si rare et si chère ! Les jeunes, plus réalistes que les anciens ne veulent plus perdre leur temps disent-ils, à s’occuper d’une culture qui ne couvre pas ses frais d’exploitation. ‘’

Il est vrai que vers 1950, le prix des raisins n’était pas très haut et dans ses premières années la Cave coopérative d’Orbe crée le 13 juin 1948 va écouler une partie son blanc sous forme de raisins de table et jus de raisin, son PD également en jus de raisin. Une faible quantité de rouge du pays sera vinifiée à Bonvillars.

   Prix de 1948         Prix de 1950

Raisins de table               75 ct/kg           77 ct/kg            

Blancs                             56 ct/kg          68 ct/kg

Rouge hybride                45 ct/kg          50 ct/kg

Rouge du pays                70 à 75ct/kg    75 ct/kg

Et avant 1948, les prix étaient encore plus bas, ainsi en 1922, mon grand-père Emile vendait près de 30'000 litres de vin à la Société de consommation de la Chaux-de Fonds pour 51.5 ct/litre ! Revendu à fr 1.30 la bouteille. 

 

Du vin d’Arnex à la Société de consommation de la Chaux-de-Fonds

 

 

Les grands propriétaires

Les propriétaires du Dévent possédaient une importante  surface de vignes qu’ils  confiaient  à des vignerons.

Mais le coût de ces derniers face aux faibles rendements des ventes de vin va inciter les deux propriétaires à vendre leurs vignes et à se consacrer au domaine agricole.

Ainsi vers 1930, Paul Potterat vend ses vignes pour acheter un pâturage. En 1948 M. Duboux vend aussi une dizaine d’hectares à des vignerons du village d’Arnex. Tous ces parchets sont encore cultivés.

Le remaniement parcellaire a renversé la tendance

Le remaniement viticole mis en œuvre  de 1968 à 1981 sur les communes d’Orbe et Arnex a  touché 59 ha de vigne et 51 ha de terre agricoles.

On a ainsi passé de 660 parcelles de vigne à 175, créé de nouveaux chemins et canalisations pour un montant de fr. 5'667'393 fr. Tous ces travaux ont grandement facilité les travaux et permis ce léger développement d’une dizaine d’hectares supplémentaires.

Pour conclure

Comme déjà dit, les diverses raisons des citoyens d’Orbe d’abandonner cette culture sont multiples et sans doute pas toutes connues.

Mais les nouvelles maladies, la grêle et le gel, les faibles rendements économiques des ventes de vin, les subsides d’arrachage et surtout nouveaux emplois créés dans la localité d’Orbe sont sans doute les acteurs principaux de cet important déclin.

mardi 15 février 2022

Rénovation des chemins du Creux de Villars


 

Rénovation des chemins du vignoble du Creux de Villars en 2021/22

 

Le remaniement du vignoble de 1968 à 1981, un important chantier

 

De 1968 à 1981, durant 13 ans, le vignoble d’Arnex a fait l’objet d’importants travaux. Ce remaniement s'est fait en grande partie sur cette commune, mais aussi sur celle d’Orbe.

Ces travaux ont redessiné175 parcelles au lieu de 660 précédentes. Mais ils ont aussi créé 12'064 m. de chemins bétonnés ou bitumés, ainsi que 15’021 mètres de collecteurs.

Mais ces travaux ne sont pas éternels, car dans certaines zones des glissements de terrains ont malmené les chemins et certains collecteurs se sont parfois bouchés avec des dépôts de terre dus à l’érosion.

Glissement de terrain sur le haut des Pallins en 2013



Des terrains instables avaient fendu les chemins bétonnés


Ainsi en automne 2021, la commune d’Orbe a voté un important crédit pour remettre à neuf tout le réseau de chemins de ce vignoble situé sur sa commune.

 

Le déroulement de travaux

Dès l’automne 2021, jusqu’au printemps 2022 il a fallu réparer tous les secteurs de chemin fendus ou très instables.

De nombreux secteurs de collecteurs bouchés ont également été remplacés.

Pour les deux secteurs de chemins conduisant vers la ville d’Orbe, le béton en très mauvais état et très fendu en de nombreux endroits, a été détruit.

Il a été remplacé par du goudron, espérant que ce dernier s’adapte mieux aux futurs glissements de terrain. Inévitables dans cette zone.

L’avenir nous dira si ce nouveau revêtement résiste mieux et plus longtemps.

 

Le chemin sous la forêt est maintenant goudronné

 


Le chemin partant vers le chemin des Ars à Orbe, le goudron a remplacé le béton trop rigide





Quelques travaux dans le secteur du chemin du haut

 


 

Chemin du bas


Intersection des chemins vers la capite de Yann Morel




Modification d’un collecteur



Sur ce secteur, il a fallu changer le collecteur qui était obstrué

 


C’est l’entreprise Gabella qui a été chargée de ces différents travaux



jeudi 4 novembre 2021

Mont de Syre ou Mont d'Orzeires ?

 

Chalet du Mont de Syre ou Mont d’Orzeires

Il m’arrive de collectionner quelques anciennes cartes postales de la région.

Je découvre un jour la carte suivante, présentant le Chalet de Syre. Un nom pour moi encore inconnu.



Le Chalet du Mont de Syre, deux cartes presque semblables

Mais rapidement, quelques recherches permettent d’identifier l’endroit dont le nom a parfois changé au cours des ans et qui actuellement se nomme Le Chalet du Mont d’Orzeires sur la commune de Vallorbe.


Une carte postée en 1957

Dans un article consacré aux chalets de cette commune on peut lire :

On peut découvrir d’autres informations sur les chalets de la commune de Vallorbe dans : Pierre Chessex, Etude toponymique de la Commune de Vallorbe, 1951.

LE MONT D’ORSEIRES

(ü mon dortsire)

Appelé aussi communément Mont de Cire ou de Sir. Il existe une telle différence entre ces deux variantes : Mont de Cire et Mont d’Orseires, qu’au premier abord, on pourrait croire qu’il s’agit de deux lieux distincts, et non d’un seul et même endroit, à la savoir la montagne (pâturage) qui se trouve sur la route du Reposoir à la Vallée et l’éminence boisée qui la domine au sud-est, entre le Crêt des Alouettes et le Crêt Mal-Rond. Que disent les archives ? Une carte de 1707 (Ar. V.) dit Le mont de syre, tandis qu’un acte de 1792 (M.A.B.) indique : « la montagne du Mont de Cire soit d’Orseire ». C’est la forme dialectale qui nous donnera la solution. En effet, le patois vallorbier disait Mont d’Ortsire. On peut penser que vint un moment où l’on ne comprit plus le sens de ce nom patois, et qu’on l’écrivit presque phonétiquement : mont de cire, ou de sire, ou encore de sir, sans se demander jamais le sens que cette expression pouvait bien avoir ; qu’est-ce que cela pouvait bien faire ? On est tellement accoutumé à utiliser journellement des noms de lieux et de personnes dont on ne soupçonne pas la signification ; plus même, dont on ne soupçonne pas, souvent, qu’ils aient pu avoir une signification ! Que signifient Orseires (parfois Orzeires) et Ortsire ? Ils veulent dire, comme l’Orsière valaisan, oursière, orsière, c’est-à-dire tanière d’ours. Pour comprendre la réalité de ce nom, il suffit de songer aux forêts étendues et quasi impraticables qui couvraient encore naguère notre pays, et qui recouvrent encore une si grande proportion de notre canton. Les animaux sauvages pullulaient, et parmi eux, il y avait des loups, des lynx, des ours. Il n’y a pas si longtemps que les Jurassiens devaient organiser périodiquement des battues pour traquer loups et ours. Le dernier ours abattu dans la commune de Vallorbe fut tué en 1685, bien après le moment où la plupart des noms de lieux se sont formés.

Quant à la carte Siegfried de 1893, elle note bien :  Chalet du Mont d’Orzeires

 


On trouvera plus de détails sur le site suivant :

Archives culturelles de la Vallée de Joux - 41. Le Chalet du Mont-d'Orzeires. (histoirevalleedejoux.ch)

 

La création de Juraparc

Dans ce petit alpage communal de 9 ha se trouve le restaurant qui a pris la place du débit de boissons historique dans les années 1972 caractérisant ce chalet situé à mi-chemin entre Vallorbe et la Vallée de Joux. C’est la famille de M. André Blanc qui est à l’origine du restaurant et du parc. Actuellement c’est le fils Olivier qui a repris les rênes de l’exploitation.

Quant au parc, créé en 1987, il accueille des imposants bison (à déguster sur place si le cœur vous en dit), des loups, des ours, des cerfs, des alpagas.



mardi 29 décembre 2020

Les 100 ans du collège d'Arnex sur Orbe

 

Le collège d’Arnex, bientôt 100 ans, en octobre 2021

 

C’est en effet le 30 octobre 1921 que ce collège a été inauguré en grande pompe : Conseiller d’Etat, Chef de service, Inspecteurs, pasteur, instituteurs, autorités, architectes et entrepreneurs vont rejoindre toute la population pour fêter cet évènement.

 



 


Mais auparavant, il aura fallu plusieurs années pour se décider à entreprendre ce lourd investissement, définir le projet et l’emplacement le plus judicieux et puis, après un concours, choisir les architectes.


 Le collège d’Arnex construit en 1920-21

 Jusqu’en 1921, les trois classes du village étaient dispersées dans la localité et se situaient :

      Une dans l’ancien collège construit en 1716  


  Une deuxième classe à l’étage au- dessus de l’ancien abattoir



Et la troisième, à côté de l’église au- dessus de l’ancien pressoir

         

  

 

Un nouveau collège demandé depuis longtemps

Dès 1895 déjà, le Département de l’Instruction publique et des cultes demande que l’on répare les classes ou que l’on construise un collège. Le Conseil général y oppose un refus net, par 70 non contre 11 oui en février 1896. En 1906, puis en 1907, le canton adresse de nouvelles requêtes à la commune, qui rétorque qu’elle a déjà bien assez de frais avec la construction du réseau d’eau pour le village !

En septembre 1911, le canton revient à la charge pour demander également une halle de gymnastique. La Municipalité répond qu’elle se fera avec le nouveau collège, dont l’idée émerge peu à peu.

 

Les premières réflexions de 1912 : où faut-il construire ?

En 1912 est nommée une commission d’étude ; elle commence ses travaux avec une réflexion sur le choix de l’emplacement.

Le premier projet envisage d’ériger la nouvelle école sur le terrain occupé par la bergerie, le long de la route de la Gare. Mais quelques citoyens souhaitent un endroit plus au centre. Une proposition est faite à la famille de Lerber, en train de vendre peu à peu son important domaine. Elle veut bien se défaire de tout le pré compris entre l’avenue du Château et la ruelle de la Riaz vers la grange du Dîme à 30 fr. la perche, mais dans son entier. La Municipalité trouve l’offre trop onéreuse. On construira donc comme prévu en Rueyre, sur du terrain communal, proposition adoptée par le Conseil général.

 

Choix d’un architecte pour le collège

Du fait de la rapide notoriété du projet de construire un collège, les architectes se font très rapidement pressants auprès de la Commune. La Municipalité décide alors d’organiser un concours d’architecture, procédure assez rare à l’époque.

Un jury est désigné en 1918 avec Jaques Monnier (1859-1942) syndic, Melley architecte à Lausanne, Bron architecte de l’Etat de Vaud. Le concours est publié, les projets sont à rendre avant le 29 juin 1918.

Parmi les 37 projets présentés, après plusieurs séances 33 projets sont éliminés et quatre sont primés par le jury.

 

Les quatre projets primés

Commençons par la fin avec le 

4ème prix :            L’école au village de MM Schnell et Thévenaz

 



 

 

3ème prix :            4'520 m2 de M. G. Epitaux

 



 

2ème prix :            Chez nous de M. F. Huguenin

 



 

 

1er prix :              Nozon de MM. Gilliard et Godet

 


La Municipalité retient le projet Nozon, dû aux architectes Gilliard et Godel. Une commission de construction composée de la commission des comptes, plus MM. Henri Morel et Alfred Bovet, se met rapidement au travail.

En 1919, le Conseil général accepte le projet devisé à 320'000 fr., malgré les réserves de certains membres qui auraient voulu le simplifier en supprimant le chauffage central, jugé comme un luxe inutile.

Finalement la crainte de perdre une partie des subsides cantonaux fait admettre le projet tel que proposé par les architectes.

Cependant, par économie ou pour d’autres raisons le projet retenu sera modifié.

Le clocheton et le préau couvert ne seront pas réalisés. Quant à la salle de gymnastique il faudra attendre 1989 pour qu’elle trouve place à côté du collège !

 

Les travaux et la fièvre aphteuse…

Un compte courant de construction de 250'000 fr. est ouvert à la Banque cantonale vaudoise. Arrive ensuite en 1919 la phase de mise en soumission des travaux. Sans entrer dans les détails, relevons que la maçonnerie est l’œuvre de Bollini de Baulmes et que la charpente est attribuée à M. Addor d’Orbe. La suite des travaux est adjugée en 1920 : appareillage, sanitaires, gypserie, menuiserie, carrelages et parquets, lampes et compteurs.

Le 13 août 1920, un évènement imprévu vient perturber les travaux de construction : ce jour là, un cas de fièvre aphteuse est découvert dans une écurie du bas du village. La mise sous séquestre qui s’ensuit de la localité va freiner le bon déroulement des travaux du collège et les maîtres d’état annoncent qu’ils ne pourront pas tenir les délais fixés.

Mais les problèmes de fièvre aphteuse n’intimident guère certains membres de la jeunesse : durant la nuit du 19 au 20 septembre 1920 ils vont cacher la chaudière mise en place dans le village pour procéder aux opérations de désinfection. Comme ils sont devenus d’honorables citoyens, on peut les citer : il s’agissait d’Arnold Lavenex, Frédéric Bovet de Louis, Henri Morel fils, Paul Devenoge, François Gauthey, Charles Bovet de Samuel et Constant Gauthey. Ils écopent d’une amende de 2 fr. plus 60 ct de frais...

Revenons à la construction du collège : le 24 octobre le Conseil général admet un emprunt de 200’000 fr., mais le choix du notaire chargé de la transaction fait éclater un petit incident communal. Pour réaliser cet emprunt, il faut choisir entre MM. Pittet et Richard, tous deux notaires à Orbe, mais sans doute pas du même parti ! C’est finalement l0ffree du notaire Pittet à 5 3/4 % qui emporte l’affaire par 24 voix contre 17 à Richard.

Durant la vive discussion qui précède le vote et pour donner suite à une observation de Georges Monnier, municipal, le syndic Jaques Monnier se lève, donne sa démission et s’en va, laissant les membres du Conseil complètement abasourdis...

En fin de compte, il consent à garder sa fonction jusqu’au 1er décembre 1921. Il a été élu en 1902.

 

Inauguration et coût final du collège

Le collège est inauguré en grande pompe le lundi 31 octobre 1921, en présence du Chef du Département de l’instruction publique.

Vont se succéder, visite des lieux, discours, collations, repas à la Couronne pour les invités et verrée au battoir !

 

Date de l’inauguration au plafond du collège

 

L’inauguration du 31 octobre 1921

Arrivée à 14 h en gare d’Arnex de M. Dubuis, chef du Département de l’Instruction publique, de son chef de service et de l’Inspecteur scolaire.

Au collège, ils rejoignent les entrepreneurs qui ont réalisé ce magnifique bâtiment.

Immédiatement a lieu la visite durant laquelle le Conseiller d’Etat peut féliciter les architectes pour la façon distinguée avec laquelle ils ont dressé les plans et conduit les travaux.

A 15 h grande réunion dans la salle du sous-sol avec environ 200 personnes. C’est le moment des discours et des chants.

Le syndic Jacques Monnier remet les clés aux soins de la Commission scolaire et remercie le Département pour les subsides accordés.

Quant au Conseiller d’Etat, il remercie les autorités et la population en général pour avoir courageusement entrepris cette construction sans reculer devant des dépenses considérables pour doter le village d’un si bel édifice scolaire. Il adresse des paroles d’encouragement au personnel enseignants et fait de solides recommandations aux élèves afin que dans ce nouveau collège, ils développent non seulement leur intelligence mais aussi leur cœur et leur éducation physique et morale.

A 16 h30 la cérémonie se termine par le cantique suisse et par une savoureuse collation préparée par les dames et demoiselles du village.

A 17 h 30 les convives se retrouvent au café de la Couronne pour savourer un menu abondant, excellent et très bien servi. Avec encore quelques discours du pasteur, des architectes et des entrepreneurs !

A 19 h le départ du train disperse les assistants, mais dans la soirée, collation de vin au battoir. Réunion joyeuse qui se prolongera dit-on, assez tard !

 

Coût final du collège

Le coût final se monte à 326'627 fr., soit un montant assez proche du devis. Quant au subside cantonal de 97'980 fr., il sera versé en cinq acomptes annuels ; une telle durée fait réagir la Municipalité, qui espérait recevoir la totalité en un seul versement.

Pour donner un ordre de grandeur notons qu’au budget communal de la commune 1921 il y avait 183’780 fr aux dépenses et 115'920 fr aux recettes.

En 1924, la vente d’une partie du marais de la plaine de l’Orbe à la SGG de Chiètres rapporte 70'470 fr., et permet ainsi de diminuer la dette du collège.

 

Dessin du collège réalisé par les architectes

(Carte vendue au profit du fonds de rénovation du temple de 1922)

 

Les anciennes salles d’école

Le Conseil général ayant accepté la vente de l’ancien collège du bas du village, Alexis Monnier propose en 1921 4'200 fr., ce qui est jugé insuffisant. L’étage du haut est alors loué en 1922 par Louis Devenoge, cordonnier, pour 25 fr. par mois ; il peut y loger sa nombreuse famille avant son départ à Rolle.

Finalement, en 1954, Robert Devenoge achète ce bâtiment pour 3'000 fr. Plus tard, son fils Henri fait un échange avec Charles Monnier qui le transforme complètement pour y créer des appartements.

En 1922, le bâtiment de Jolivat, c'est-à-dire l’ancien pressoir vers l’église sur lequel était aménagée une classe, est vendu aux frères Arnold et Félix Lavenex pour 8‘500 fr.

Quant à la classe située au-dessus de l’abattoir, la commune l’a transformé en appartement.

 

Le collège au fil des années

Depuis 1921 le collège a fort bien traversé les années.

Il a accueilli trois classes au début de son existence, puis deux durant quelques années, à cause du regroupement scolaire et du déplacement des classes à options vers Orbe, ensuite de nouveau trois, et enfin quatre classes, son effectif actuel. Celles-ci peuvent bénéficier de la salle de gymnastique demandée en 1911 et réalisée en 1989 avec la grande salle polyvalente.

Au sous-sol du collège se sont succédé les séances du Conseil général, les soirées et lotos des sociétés et, de 1948 à 1958, les séances de cinéma organisées par le régent Jean-Pierre Vonnez.

En 1954 l’ancienne haie qui sépare le préau de la route de la Gare est remplacée par le mur actuel ; le préau est goudronné en 1956.

En 1967 la chaudière à charbon est remplacée par un chauffage au mazout. En 1977 le sous-sol est modifié pour agrandir la salle.

L’ancienne bibliothèque, plus guère utilisée, a laissé sa place en 1988 à une grande pièce abritant les séances de Municipalité, les bureaux du Greffe municipal, du Contrôle des habitants et de la boursière.

Et, durant de nombreuses années, le collège a hébergé le local de la Caisse de Crédit mutuel avant qu’elle ne parte vers Orbe le 22 décembre 1998.

 

Dernière rénovation

Le collège a subi une profonde rénovation en l’an 2000. Une rénovation qui lui redonne son air pimpant de jadis, mais dont le coût de 450'000 fr. a dépassé celui de sa construction…

Il est vrai qu’en 1921 l’instituteur gagnait 4'000 fr. par an, en étant logé ; le concierge Louis Bovet, pour sa part, touchait 800 fr. par an.

 

Le collège actuel

 

Un projet de cave communale au collège

En 1935, le collège aurait pu jouer un nouveau rôle. En effet, pour lutter contre la mévente des vins, le syndic, suivi par la Municipalité, étudie un projet d’association viticole et de cave communale visant à loger au sous-sol du collège trois cuves à vin d’une contenance totale de 770 hectolitres.

Le Conseil général réserve un accueil mitigé à ce projet. Sans en douter de l’utilité, l’instituteur Martin hésite à faire placer des cuves juste en dessous des classes et craint que le canton ne retire une partie de ses subventions.

Le vote au bulletin secret donne 21 oui et 21 non avec deux abstentions. Le syndic Fréderic Monnier retire alors son projet et, se basant sur une disposition inconnue, indique qu’il aurait fallu au moins trois quarts des voix favorables…