mardi 11 juin 2013

La famille de Lerber dans la presse romande

La famille de Lerber, selon la presse romande dès 1800
Nous avons déjà parlé de la famille de Lerber dans ce blog, en particulier dans le chapitre consacré aux propriétaires du Château d’Arnex au cours des ans.

Et également dans le chapitre consacré à Pierre-Maurice Glayre et à la famille de Lerber


Mais en étudiant le contenu des archives de la Gazette de Lausanne, de la Feuille d’avis de Lausanne, de l’Impartial et de l’Express, il est possible de donner quelques détails supplémentaires sur cette famille, soit sur :

a ) Le séjour à Lausanne de Beat de Lerber et de sa famille

b) Les nombreuses activités politiques de son frère Charles-Antoine, époux de Suzanne Glayre.

c ) Les activités économiques et politiques de Maurice de Lerber.

d ) La descendance de Maurice de Lerber

En préambule à cette saga de Lerber en terre romande rappelons que Franz Rudolph de Lerber (1757-1822) a eu trois fils avec Rosina Katharina Stürler
Franz- Friedrich (1782-1837)
Charles Antoine (1784-1837)
Beat (1788-1849)

Beat et son fils Théodore de Lerber
Quelques mots de présentation pour Beat de Lerber (1788-1849) et de son fils Théodore (1823-1901).
Beat, cet érudit aux idées novatrices et adepte du mouvement du Réveil suscita  de nombreuses oppositions à ses prises de positions et à certains de ses articles. Il sera banni deux fois du canton de Berne et lors de son second bannissement, il vivra à Lausanne avec sa famille de 1836 à 1842.
Pour plus de détails sur Beat et son fils Théodore, voir les de Lerber dans le Dictionnaire historique suisse :    http://www.hls-dhs-dss.ch/index.php

Durant son second bannissement du canton de Berne, Beat et sa famille ont habité entre autre à la rue du Maupas.
Ils quittent Lausanne en 1842 selon les annonces publiées dans la presse.
14 juin 1842        Appartement à louer à la maison de Lerber au Maupas
19 juillet 1842     Les personnes qui auraient des réclamations à faire à M. Beat de Lerber et à sa famille sont priés de se présenter jusqu’au 28 juillet
2 août 1842           Beat de Lerber signale qu’après son départ de Lausanne au début d’août, le notaire Parmelin gérera ses affaires.

Plus tard l’architecte Boisot s’occupera des immeubles de Beat. Mais tout ne se passe pas très bien et un litige qui les oppose en 1849 ira jusqu’au Grand Conseil vaudois en novembre 1849. Finalement, au début 1850, Beat paie son dû. L’affaire est close.
Son fils Theodore (1823-1901) va fréquenter le collège de Lausanne. De retour à Berne après des études en Suisse et en Allemagne, il sera maître de grec au Gymnase de Berne de 1849 à 1855.
Licencié pour ses idées jugées trop piétistes, il ouvre l’école de Lerber qui deviendra le gymnase libre.
Il en quitte la direction en 1892, après avoir déjà donné son congé en 1890 !

Tribune de Lausanne du 5.12.1901
  — Berne. Nécrologie. On annonce le décès de M. Théodore de Lerber, fondateur et, pendant plus de trente ans, directeur de l'école qui porta son nom et qui est aujourd'hui le gymnase libre. M. Th. de Lerber a succombé à une affection cardiaque, dans sa 79 me année. Il avait fait ses premières études à Lausanne.


Charles Antoine de Lerber, époux de Suzanne Glayre
La presse signale ses activités politiques au sein des autorités bernoises, membre du Conseil d’Etat de 1831 à 1837.
Actif dans le monde bancaire et celui des assurances (fondation de la Mobilière suisse en 1826) il s’occupa aussi de projet d’un nouveau pont à Berne et d’une société visant à établir en Suisse des fontaines artésiennes…
Concernant le domaine d’Arnex la Gazette de Lausanne du 4 septembre 1821 nous apprend qu’il requiert auprès du Juge de paix de Romainmôtier la comparution de son fermier Christian Schüpbach pour lui faire payer son dû !
Et ce blog a déjà beaucoup parlé de lui dans l’article consacré aux propriétaires successifs du Château d’Arnex.

Maurice de Lerber
Le nom du fils de Charles-Antoine et de Suzanne apparait très fréquemment dans nos journaux, Gazette de Lausanne, Feuille d’Avis de Lausanne, l’Impartial ou l’Express.
En effet en bon entrepreneur, Maurice de Lerber fait la promotion des produits de ses différentes usines.
Tout d’abord pour sa scierie de la Langmauer à Berne, puis dès 1840 pour celle de Romainmôtier.
Pour les multiples produits de ses usines de Romainmôtier : tuiles, carrons tuyaux de terre cuite, articles de fonderie,  pompes à incendie, machines à vapeur, machines à battre le grain.


Publicité paru dans la presse neuchâteloise


Il obtiendra des prix à différentes comme à l’exposition suisse de 1857 ou à l’expositions agricole de Paris de 1856 avec une charrue tourne-oreille et 12 lt de vin d'années différentes.


Descendance des cinq enfants de Maurice de Lerber
Rappelons que tous les enfants de Maurice avait pour mère Madeleine Bratschi.
Pour le moment j’ignore tout de cette demoiselle.
D’où venait-elle ? Peut-être de la Lenk. Quelle était sa profession ? Pourquoi cette demoiselle n’a-t-elle jamais épousé Maurice de Lerber ?
Un acte signale juste qu’en 1893 Charles de Lerber avait pour mère feu Madeleine Bratschi.
Les enfants de Maurice de Lerber et Madeleine Bratschi :
Marie née à Savigny le 15 septembre 1863.
Née Bratschi, reconnue en 1870

Françoise dite Fanny, née à la Lenk le 1er novembre 1864
Née Bratschi, reconnue en 1870

François Charles, né le 22 septembre 1866 à Romainmôtier
Né Bratschi, reconnu en 1870

Louise née le 28 septembre 1868 à Romainmôtier

Justine née le 28 décembre 1869 à Romainmôtier


Marie (1863-1940)
Elle va épouser le notaire César Emile Bonard (1853-1921)

Fal du 10.02.1921 VALLORBE. — Nécrologie. — A Vallorbe, dimanche, est décédé, dans sa 68" année, César-Emile Bonard-de Lerber, ancien notaire, originaire de Romainmôtier, fils de Justin Bonard, notoire. César Bonard s'était fixé à Vallorbe, il y a quelque trente-cinq ans et fut, pendant une législature, député au Grand Conseil.
Marie décède en février 1940.
On ne trouve pas d’enfants sur son faire-part de décès

Fal du 3.02.1940
Mme et M. Marc Jaccard-de Lerber et leurs enfants
Mme veuve Charles de Lerber et ses enfants, à Lausanne ;
les enfants de feu Mme Fanny Golay-de Lerber, à Lausanne ;
les enfants de feu Mme Justine Jaccard- de Lerber, à Romainmôtier ;
les enfants de feu Mme Hélène Ansermier-Bonard, à Leysln ;
Mme veuve Victor Bonard-Delacretaz et ses enfants, à Lausanne, ont la douleur de vous faire part du décès de
Madame Marie BONARD-de LERBER
 leur chère sœur, belle-scieur, tante et parente, survenu après une courte maladie, a l'âge de 77 ans. P25472
L'ensevelissement aura lieu à Romainmôtier, le dimanche 4 février, à 15 heures.
Culte à 14 h. 30, à la salle de paroisse,
L'Eternel est mon berger. Il me conduit.

Françoise dit Fanny (1864-1938)
En 1888, Fanny de Lerber gagne un prix à l'expo ornithologique pour ses canards huppés !
Elle  épouse Louis Golay, horloger, le 3 septembre 1892 en l’église d’Agiez


Mariage de Françoise de Lerber et Louis Golay en l’église d’Agiez, le 3 septembre 1892
Ce couple aura sept enfants :
-
Blanche Augustine née en 1893.
-
Marie née en (c) 1897 et décédée en mars 1900
-
Maurice né en (c) 1897 qui décède en 1923 à l’âge de 26 ans
-
Robert-Charles-Marcel né en 1908.
-
Rita née à une date inconnue.
-
Louis né à une date inconnue.
-
Jeanne née à une date inconnue.
Louis Golay sera municipal de Romainmôtier en 1896.
Plus tard, la famille Golay-de Lerber s’établit à Chailly sur Lausanne, au Chemin de la Fauvette.
Louis Golay décède en 1928 et son épouse dix ans plus tard le 13 décembre 1938
Fal du 13.12.1938
Mesdemoiselles Blanche, Marguerite, Jeanne- Marie et Monsieur Louis Golay, à Lausanne ;
Monsieur et Madame Robert Golay-Corthésy, à Lausanne ;
Madame veuve Marie Bonard-de Lerber, à Romainmôtier ;
Madame et Monsieur Marc Jaccard-de Lerber, à Gaillard (France) ; _
 Madame veuve Charles de Lerber-Chevalier et ses enfants, à Lausanne ;
Les enfants de feu Madame Henri Jaccard- de Lerber, à Romainmôtier ; Lausanne, Genève, Schaffhouse et Yverdon ;
Madame veuve Constant Golay-Campiche, à Lausanne ;
Madame veuve Alfred Golay-Rouiller et ses enfants, à Lausanne ;
Mademoiselle Marguerite Golay, à Lausanne ainsi que les nombreuses familles alliées, en Suisse et à l'étranger, ont la profonde douleur d'annoncer à leurs parents, amis et connaissances la perte cruelle qu'ils viennent d'éprouver en la personne de
Madame Veuve Louis GOLAY née Fanny de LERBER
leur bien-aimée mère, sœur, belle-sœur et tante, enlevée subitement à leur tendre affection,
 le 13 décembre 1938, au matin, dans sa 75e année. ,
L'incinération aura lieu le jeudi 15 décembre Départ du convoi funèbre à 15 heures. Culte à 14h.30.
cet avis tient lieu de faire-part. Selon le désir de la défunte, le deuil ne seraa pas porté.
Domicile mortuaire : Riant-Mont 5, Lausanne.. ,

François Charles dit Charles (1866-1934)
Le seul fils de Maurice n’a pas fait une brillante carrière, d’ailleurs à 36 ans, en 1898, la Commune de Gilly demande la mise en interdiction contre Charles de Lerber, une sorte de mise sous tutelle.
Mais on ne connait rien de sa vie.


Demande en interdiction de 1898 contre Charles de Lerber

Mais 5 ans auparavant, le 15 juillet 1893, il épouse Lina Jenny Chevalier de Croy en l’église d’Agiez. (R9 184)


Mariage de Charles de Lerber et Lina Jenny Chevalier en l’église d’Agiez

Ils vivront à Romainmôtier, au Château d’Arnex, puis à Lausanne au chemin des Fleurettes 2 et auront huit enfants :
1.     Antoine Maurice Henri (1894-1970)
En 1938, au décès de son père, il est noté comme célibataire.
Il épousera en 1944, Blanche Depallens (1901-1952) qui décède en 1952.
Dix ans plus tard, le 14 juin 1962, il se remarie avec Yolande Gaudin (1915-1996)
Je n’ai pas trouvé mention d’enfant.
Antoine sera inhumé au cimetière de Croy le 28 mai 1970.

Cimetière de Croy : Tombe d’Antoine de Lerber

2.     Charles Maurice (1895- ??)
En 1918, lors de la vente du domaine d’Arnex, âgé de 23 ans, il habite à Malagny. En mars 1920, il épouse Lina Vionnet.
Il sera agriculteur dans le pays de Gex et aura trois enfants :
·        Jacqueline née en 1921, épousera Adolphe Miéville.
Elle décède  le 27 octobre 2012.

·        Charles Maurice né en 1922, épousera Marie Thérèse Champeau, vit à Fontaines de Vaucluse en 1973
·        Roland Antoine né en 1928, qui aura deux filles (Evelyne et Danielle) avec Germaine Tallant décédée en septembre 2012

Evelyne et Benjamin Defferrard,
Danielle de Lerber
ses enfants,
Stéphane et Marie-Line, David et Dorine, Marie-Noëlle et Felipe
ses petits-enfants,
Benjamin, Thibaut, Melina
ses arrière-petits-enfants,
ainsi que les familles parentes, alliées et amies,
ont la tristesse de vous faire part du décès de

Madame Germaine de LERBER
survenu à l'âge de 88 ans.
Le recueillement aura lieu le lundi 24 septembre 2012 au temple de Divonne-les-Bains à 14h30.

3.     Suzanne Louise (1896- ??)
En 1918, elle est domiciliée à Leysin.
En juin 1922, Louise épouse Aimé Brunschwig, commerçant.
En 1924, ils tiennent un commerce à la Sarraz, puis habitent Genève.
De cette famille, j’ai trouvé deux naissances:
Suzanne Emma en 1924 et Andrée Antoinette en 1925.

4.     Lina Marie (1898-1898)
Lina Marie née le 4 janvier 1898 à Arnex, décédera un mois plus tard.

Le 24 mai 1899 arrivent deux jumeaux.
5.     Charles (1901-1901)
Il ne vivra que 2 ans et décède le 25 janvier 1901 (Ax3 043)



Permis d’inhumation de l’enfant Charles de Lerber en 1901 à Arnex

6.     Henri (1899-1960)
Il aura plus de chance que son frère jumeau. Il entreprend une formation de typographe.
Mais en 1923, à l’âge de 24 ans il est victime d’un accident à Ambilly.
Son bras se prend dans l’engrenage d’une presse dans une imprimerie.
J’ignore si son bras fut arraché, mais par la suite, il sera encaisseur chez Publicitas durant 36 ans.
En 1925, il épouse Frida Brandenberg (1894-1972) qui habitera Croy vers la fin de sa vie. Elle y sera ensevelie.


Cimetière de Croy : tombe de Frida de Lerber-Brandenberg

Je n’ai pas trouvé d’enfants issus de ce couple.

7.     Emma (1903-1923)
Emma décède très jeune à l’âge de 20 ans.
Comme dit le faire-part : enlevée à leur tendre affection dans sa 20e année, après une courte maladie supportée avec une douce résignation

8.     Frédi (1905-1971)
Il est né à Arnex, le 3 mars 1905
En 1924, Frédi achève une formation de réparateur autos chez Sim à Morges. Mais par la suite, en tous cas dès 1929, il exerce le métier de cordonnier au domicile familial des Fleurettes 2 à Lausanne.
En 1960 un avis signale qu’il souhaite remettre sa cordonnerie.
En 1960 il épouse Louise Dufaux.
Il est possible qu’il ait été marié auparavant avec une demoiselle Alice Julie Lamy
Il décède le 5 octobre 1971 à Lausanne et Louise, 20 ans plus tard en 1991 à Lausanne
Son père était décédé en juin 1934

Faire-part de décès de Charles de Lerber en juin 1934

Fal du 23.06.1934
Madame Charles de Lerber ;
 M. Antoine de Lerber, à Lausanne ;
M. et Mme Maurice de Lerber-Vionnet et leurs enfants, à Gex ;
M. et Mme A. Brunschwig-de Lerber et leurs enfants, à Genève ;
M. et Mme Henri de Lerber-Brandenberg, à Lausanne ;
M. et Mme Frédi de Lerber-Lamy-Burgisser, à Lausanne ;
les familles Bonard-de Lerber, Golay-de Lerber, M. Jaccard-de Lerber, H. Jaccard-de Lerber, Sordet-Chevalier et les familles alliées, ont la douleur de faire part de la perte cruelle qu'ils viennent d'éprouver en la personne de
Monsieur Charles de LERBER
leur cher époux, père, beau-père, grand-père, frère, oncle et parent, enlevé à leur tendre affection le 21 juin, dans sa soixante-huitième année. L'ensevelissement aura lieu le 24 juin, à 14 heures. P.18294L.
Culte réservé à la famille à 13 h. 30. Domicile mortuaire : Fleurettes 2.
0 Dieu ! que ta volonté, soit faite.

Les autres enfants de Maurice de Lerber
Après Charles, continuons avec ses sœurs, Louise et Justine, les autres filles de Maurice de Lerber

Louise (1864-1941)
Dans un premier mariage je suppose que Louise avait épousé Gustave Schmuziger, vétérinaire à Romainmôtier de 1883 à 1888, mais décédé très jeune, le 23 juin 1888 à la caserne de Berne.
Il semble que son décès soit dû à un suicide
La GdL citant le Tagblatt d’Aarau note le 5 juillet 1888 que le premier lieutenant vétérinaire Schmuziger qui s’est suicidé à Berne souffrait d’une méningite aigue ainsi que l’autopsie la démontré
Ils auront une fille du nom de Jeanne, cette dernière figure sur le faire-part de décès de son grand père Maurice en 1895.
Louise épouse en seconde noce, Marc Jaccard (1866-1954)
Ce couple aura quatre enfants :
- Louisa née en (c) 1896.décédée à Genève en 1980
- Pierre né à une date inconnue.
- André né à une date inconnue.
 ???  née à une date inconnue.

Louise décède à Ambilly, le 7 novembre 1941 et Marc le 28 mars 1954 l’hôpital de Ste-Croix
Justine (1869-1938)
Elle sera l’épouse d’Henri Jaccard (1863-1935).
Ce dernier va tenter de maintenir l’activité industrielle de son beau-père Maurice de Lerber et jouer un rôle important dans le petit bourg de Romainmôtier.
Voici sa nécrologie en février 1935:
Fal du 7.02.1935
  ROMAINMOTIER, — Décès d’Henri Jaccard-de Lerber.
— On apprendra avec regrets le décès, à 72 ans, d’Henri Jaccard-de Lerber, un homme charmant et bienfaisant, connu dans toute la contrée.
Originaire de Ste-Croix, où il était né en 1863, il avait fait un apprentissage d'horloger. Après quelques années passées en Australie, il s'était fixé à Romainmôtier où il épousa une des filles de Maurice de Lerber, de la branche vaudoise de la famille bernoise bien connue dont l'un des membres, Franz-Louis (1700-1787) fut directeur des mines de sels de Bex, à Roche, bailli de Romainmôtier, bourgeois de Gilly, fondateur de la branche vaudoise. A l'imitation de son beau-père, qui avait fait de grands efforts pour doter Romainmôtier d'industrie et qui avait créé, dans le vallon du Nozon, au-dessus de Romainmôtier, l'usine qui porte son nom, Henri Jaccard travailla dans le même but. C'est lui qui dota le bourg de l'éclairage électrique. Il porta un intérêt aussi vif que dévoué à la Société pour le développement de Romainmôtier, dont il assuma la présidence en 1899 et 1900 ; il s'occupa tout particulièrement de l'exposition et de l'organisation du musée du Vieux-Romainmôtier. Il a rendu des services signalés à la commune comme membre du Conseil général, qu'il a présidé avec distinction. Il fut rapporteur de diverses importantes commissions. Mais c'est surtout à l’instruction et à l'éducation de la jeunesse qu'il voua son gros effort ; il y consacra le meilleur de son temps. Ce n’est que tout récemment que la maladie qui devait l'emporter le força de renoncer à la présidence de l'Ecole ménagère intercommunale ; il a présidé pendant de nombreuses années la commission scolaire. Comme tel, pendant la guerre, on le vit enseigner les écoliers à la place de l'instituteur mobilisé. C'était un homme charmant et cultivé. Il avait hérité de son beau-père la maison de Pierre-Maurice Glayre, qu'il habitait, d'innombrables et intéressants documents, dont il faisait les honneurs avec une inlassable bonne grâce. Les membres de l'Association de la Presse vaudoise qui assistèrent à l'assemblée de Romainmôtier, il y a une dizaine d'années, conservent un souvenir reconnaissant de la réception qu'il leur offrit sous les beaux ombrages des forêts entourant sa propriété.
H. Jaccard-de Lerber a bien mérité de la commune de Romainmôtier ; son souvenir y restera en honneur, entouré de respect et de reconnaissance.
Mais son activité industrielle subit aussi des revers avec la faillite de 1906
Fal du 23.04.1906
AVIS JURIDIQUE
Faillites.          Orbe.-
1° Henri JACCARD-de LERBER, à Romainmôtier. Délai 18 mars
2° Marc JACCARD-de LERBER, à Romainmôtier. Délai 18 mars.
Selon le faire part de décès de Justine en mai 1938, ils ont eu 5 enfants
Fal du 9.05.1938
Mademoiselle L. Jaccard, Romainmôtier ;
Madame et Monsieur L. Fischer-Jaccard et leur fille Claude, Schaffhouse ;
Monsieur et Madame G. Jaccard-Anderwerth et leur fils Eric, Charmilles-Genève ;
Madame et Monsieur G. Zahnd-Jaccard et leur fils Georges, à Lausanne ;
Monsieur C. Jaccard et sa fiancée, à Yverdon,
et les familles alliées: Bonard-de-Lerber, Golay-de-Lerber, Jaccard-de-Lerber, Jaccard-Addor, de Lerber, Jaccard, ont la douleur de faire part du décès de
Madame veuve Henri JACCARD-de-LERBER
leur chère maman, grand-maman. Sœur, belle-sœur, tante et parente,
survenu le 8 mai 1938. P27250
L'inhumation aura lieu à Romainmôtier, le mardi 10 mai 1938, à 15 heures.
Culte â 14 h. 30. Cet avis tient lieu de lettre de faire-part.
Dieu est amour. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie.
Fal du 12.05.1938
ROMAINMOTIER. — décès de Justine Jaccard- de Lerber.
— Une nombreuse assistance, a accompagné, mardi après-midi, au champ du repos, Mme Justine Jaccard-de Lerber, veuve de Henri Jaccard, fille de Charles- Maurice de Lerber (1811-1895), industriel, député au Grand Conseil, fondateur, dans la vallée du Nozon, un peu en aval de Romainmôtier, de la fabrique qui portait son nom et qui eut son heure de prospérité et de renommée.
Ce fut une maîtresse de maison exemplaire, très active, grande travailleuse, qui, durant toute sa vie, se dévoua et se dépensa sans compter. Comme celle de son mari, qui la précéda de quelques années dans la tombe, sa mort, qui met en deuil une nombreuse parenté, cause dans la localité d'unanimes regrets.

Vers 1930, leur fille Lily tient un home d’enfants dans la maison familiale

Annonce tirée de la Gazette de Lausanne du 26.07.1931

Entre 1938 et 1942, je n'ai pas trouvé la date exacte, Lily Jaccard(1898-1980)  épouse Léon Perret négociant à Lausanne.
Léon Perret (1896-1956) était veuf depuis 1933 et avait déjà trois enfants :Yvette, Michel et Marlyse




La maison de Lerber le long de la route conduisant à Vaulion


Ainsi s’achève dans ce blog un nouveau volet de la saga de la famille de Lerber en terre vaudoise.
Et comme d’habitude, je serais reconnaissant au lecteur averti de me signaler erreurs ou omissions.



vendredi 5 avril 2013

Le percement du tunnel du Mont d'Or et ses inondations


Le percement du tunnel du Mont d’Or et ses inondations

Brève histoire du tunnel
La ligne Eclépens-Jougne arrive à Vallorbe en 1870. Elle se prolongera le 1er juillet 1875 en direction de Pontarlier.
Mais dès 1906 se signent des traités entre le Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et le Jura-Simplon qui aboutiront à une convention franco-suisse pour la création d’une ligne plus directe « Frasne-Vallorbe », une convention adoptée en décembre 1909 par les parlements des deux pays.
En mai 1910 le Grand Conseil du canton de Vaud accorde une subvention de 2 millions à ce projet.
En septembre 1910 les travaux sont attribués à l’entreprise Fougerolle qui démarre le chantier le même mois.
Ce projet « Frasne-Vallorbe » implique le percement d’un tunnel d’une longueur de 6 km sous le Mont d’Or.
Et la création d’une superbe nouvelle gare à Vallorbe. 

Nouvelle gare de Vallorbe

Le percement du tunnel va durer de 1910 à 1913

Le 14 novembre 1910, par 15 coups de mine, le percement débute côté suisse et le 21 juillet 1911 du côté français.



Les ouvriers à l’entrée du tunnel devant la locomotive à air comprimé


Une équipe dans la galerie



Locomotive fonctionnant à l'air comprimé pour les travaux dans le tunnel

Et le 2 octobre 1913 à 11 du soir, selon la carte postale ci-dessous, le tunnel est enfin percé.





 Vue du chantier avec le logement des ouvriers au premier plan

Mais le tunnel ne sera inauguré que le 15 mai 1915, dans une Europe en pleine guerre.
La seconde guerre mondiale va également entraîner sa fermeture le 17 juin 1940.
Il sera rouvert le 24 janvier 1945.

La ligne Dole –Vallorbe sera électrifiée dès le 25 avril 1958, des travaux qui supprimeront alors la double voie de ce tronçon, y compris dans le tunnel.

Les inondations du tunnel qui seront le principal objet de cet article
Avant les travaux, les géologues avaient bien prévu pour cet ouvrage la rencontre de quelques sources d’eau avec un débit pour l’une de 386 litres par seconde et pour l’autre de 120 litres par seconde.

L’avancement des travaux semblait leur donné raison jusqu’au 23 décembre 1912.
La Feuille d’avis de Lausanne du mardi 24 décembre 1912 relate l’incident en ces termes :

Une inondation au Mont-d'Or
On nous écrit de Vallorbe: Lundi matin, entre 6 et 7 heures, au tunnel du Mont-d'Or, au kilomètre 4274, à 80 mètres en arrière de l'avancement, une forte voie d'eau s'est produite qui inonda le tunnel. Les ouvriers ont dû fuir en toute hâte.


La source au fond du tunnel du Mont d’Or

L'eau a commis d'importants; dégâts, à 20 mètres environ de l'extérieur du tunnel; elle a emporté le haut remblai supportant les voies de service, qui restent suspendues dans le vide; elle a coupé la route de La Dernier qui conduit à la source de l'Orbe et la route de l'Echelle, qui conduit au Pont; ces routes sont fermées à la circulation. La ferme du Canada, propriété de M. Chaulmontet père, ancien chef de gare à Vallorbe, est inondée; les pompiers de Vallorbe, alarmés, sont sur place. La gendarmerie et la police locale font le service d'ordre. Le tunnel ayant dû être évacué à la hâte, on ignore les dégâts causés à l'intérieur. On craint qu'ils ne soient grands. On croit généralement qu'à l'avancement, on a percé le lit d'une rivière française souterraine qui s'écoule maintenant en partie par le tunnel. Toutes ces eaux se déversent dans l'Orbe, à 100 mètres au-dessous du niveau du tunnel.
  




Les dégâts à la sortie du  tunnel du Mont d’Or côté Vallorbe



Le torrent à la sortie du tunnel du Mont d’Or

Mais l’eau qui a jailli dans le tunnel, n’approvisionne  plus les sources françaises !
En plus des graves dommages dans la galerie du tunnel toutes ces eaux provenant des fissures du Mont d’Or n’arriveront plus dans certaines sources du côté français.
Ainsi la source du Bief-Rouge n’a soudain plus d’eau.
Ce petit ruisseau part de Métabief pour se jeter dans le Doubs 6 km plus loin à L’Abergement Ste-Marie.
Et d’autres sources vont également se tarir ou voir leur débit baisser fortement.
Écoutons la Tribune de Lausanne du 14 janvier 1913
Les eaux du Mont-d'Or On continue à exprimer de vives craintes, en France, sur les conséquences de l'écoulement d'eaux par le tunnel du Mont- d'Or. Comme nous l'avons annoncé, on a observé que, tout de suite après cet événement, les sources qui alimentaient le Bief Rouge, un affluent du Doubs, se sont complètement  taries: résultat:
1. Quatre établissements industriels qui utilisaient ce bief ont dû suspendre leur exploitation;
2. Le réservoir de Fourperet perd l'afflux régulier de ces eaux;
3. La masse d'eau du Doubs subit une réduction très sensible.
On pensait que le phénomène ne serait que momentané; mais l'eau n'est pas revenue et le Bief Rouge reste à sec ou à peu près. M. Fournier, professeur de géologie à Besançon, déclare que l'existence même du Doubs est en danger. Les travaux projetés dans le tunnel du Mont-d'Or ont pour but de rétablir autant que possible l'ancien état de choses, en dirigeant les eaux du bief Rouge dans le lit qu'elles ont abandonné.

Le Figaro s’émeut de la chose et consacre un important article à cet événement le 9 janvier 1913
Article paru dans le Figaro du 9 janvier 1913.
Les habitants de Métabief (Doubs) ne sont pas contents, parce qu'ils ont perdu leur rivière. C'était une charmante petite rivière. Elle ne faisait pas d'embarras, ne roulait pas de gros cailloux, et n'avait jamais englouti personne. Pour la connaître, il fallait être du pays. Elle sortait de terre à l'entrée du village, et aussitôt s'ingéniait à se rendre utile. Elle faisait donc tourner les quatre roues de quatre usines. Puis elle vagabondait un peu à travers la campagne, et allait se jeter dans le Doubs, comme une fillette lassée d'avoir trop couru, et qui vient se réfugier dans le giron maternel. Elle s'appelait le Bief-Rouge. Il n'y a plus guère que les sculpteurs pour croire encore aux divinités des sources et des rivières. Si l'un d'eux avait voulu représenter la naïade du Bief-Rouge, il lui aurait, je pense, donné les traits et le costume d'une brave petite campagnarde, déjà bonne ménagère, et qui joue à cache-cache après qu'elle a fait cuire la soupe.
Or, un drame est survenu. La rivière, soudain, a jeté son bonnet, par-dessus les montagnes. Depuis fin décembre 1912, elle coule en Suisse.
Vous pensez bien qu'elle n'a pas renoncé ainsi à toute une vie de labeur tranquille sans y avoir été fortement sollicitée. Encore ce mot est-il trop doux. Il a fallu employer les moyens les plus violents pour détourner cette honnête personne de ses devoirs. C'est un rapt. C'est un enlèvement.
On est en train de percer un tunnel, le tunnel de Frasne-Vallorbe, à travers le Mont-d'Or, la plus haute montagne du département. Or, au moment même où les habitants de Métabief constataient la disparition de leur rivière, les ouvriers du tunnel voyaient une énorme masse d'eau envahir leur chantier. Il faut en conclure qu'ils avaient, sans le savoir, crevé une poche d'eau et coupé ainsi un cours d'eau souterrain important. Par le trou qu'ils avaient percé, les eaux coulèrent dans le tunnel, et se précipitèrent, suivant la pente, en territoire suisse. A l'heure actuelle, les eaux du Bief-Rouge, au lieu d'aller grossir le Doubs français, vont grossir l'Orbe suisse.
Et le Bief-Rouge alimentait quatre usines en 1912.
Il y eut une grande émotion. Le Conseil municipal de Métabief ne manqua pas de se réunir et de faire constater officiellement que les sources du Bief-Rouge étaient taries. En temps de crue, elles débitaient quatre à cinq mètres cubes d'eau à la seconde. Aux époques les plus sèches, un quart de mètre cube environ. De grandes pluies étant survenues, quelques gouttes d'eau revinrent dans le lit de la rivière. Et puis elles s'en allèrent. A l'heure où j'écris, les sources du Bief-Rouge ne sont plus représentées que par quelques cailloux polis. Je les ai vues le 8 janvier sans plaisir. Les quatre usines sont arrêtées, et l'un des usiniers, M. de Lénoncour, ne fait pas placer une turbine qu'il venait d'acheter au moment où l'événement s'est produit.
Cependant, les ingénieurs du tunnel sont aussi ennuyés d'avoir de l'eau que les riverains du Bief-Rouge sont ennuyés d'en manquer. Et déjà ils prennent des mesures pour tenter de ramener en arrière la rivière séduite. Un homme prétend que leurs efforts seront probablement inutiles. Et on ne saurait négliger sa voix. M. Fournier est professeur de géologie à la Faculté des sciences de Besançon. Disciple de Martel, il explore depuis vingt ans le sous- sol du département, et en étudie l'hydrologie souterraine. En outre, il a prédit, voici dix ans, ce qui arrive aujourd'hui. En novembre 1905, il écrivait, une fois de plus:
«Le percement du Mont-d'Or aura pour effet de faire tarir les sources qui alimentent les villages de Jougne, Saint-Antoine, Métabief et Les Hôpitaux.»
Alors, puisque l'événement lui donne raison en ce qui concerne Métabief, il n'est personne, dans le département du Doubs, qui ne conçoive des craintes pour Jougne et Saint-Antoine. Et les habitants des Hôpitaux ne sont pas rassurés. D'autant que M. Fournier n'hésite pas à proclamer aujourd'hui que le Doubs lui- même est menacé. «L'existence de la rivière le Doubs est en danger», écrit-il en lettres capitales dans le Pontissalien, qui est un journal de Pontarlier.
J'ai vu M. Fournier. Ce n'est pas un savant vêtu d'une sévère redingote, et qui professe cérémonieusement. Quand il descend de sa chaire, c'est pour aller ramper dans les grottes. Aussi portait-il un petit veston de velours jaune, et avait-il de fortes chaussures. Il me parla avec une clarté que je désespère d'égaler.
-Le tunnel du Mont-d'Or, me dit-il, est un tunnel d'altitude. C'est-à-dire qu'il traverse la région des eaux souterraines. Par opposition, un tunnel de base est creusé au-dessous de cette région, à la base de la montagne, et ne peut amener aucun trouble hydrologique.
Du moment où l'on décidait de percer un tunnel d'altitude, il était facile de prévoir ce qui surviendrait. Je l'ai prévu. Je n'y ai pas grand mérite. J'ai prévu que les perceurs rencontreraient des cours d'eau souterrains, et que plusieurs villages seraient ainsi privés de leurs sources.
En effet, on connaît aujourd'hui les lois de la circulation des eaux dans les terrains calcaires, principalement dans ceux du Jura, à quoi appartient le Mont-d'Or.
Il n'y a, dans ces terrains, ni lacs souterrains, ni nappes d'eau continues. Mais partout, il y a des fissures parfois très profondes, et remplies d'eau sous pression.
On a recoupé une de ces fissures, située à 70 mètres au-dessous du niveau du Bief-Rouge. Il s'agit de savoir si cette fissure est simplement un trou vertical, ce que nous appelons diaclase, ou bien si elle affecte la forme d'un siphon renversé. Dans ce dernier cas, il y a un remède. Dans le premier cas, il n'y en a point, et le Bief-Rouge est perdu.
-Cependant, dis-je, les ingénieurs du tunnel se flattent de ramener le Bief-Rouge dans son lit.
-Ils s'en flattent, en effet, me répondit M. Fournier. Et voici quel programme ils ont établi. D'abord ils vont élever un barrage pour maintenir l'eau. La partie achevée du tunnel étant ainsi préservée de l'inondation, ils pourront établir une galerie latérale au tunnel. Cette galerie ira rejoindre la nappe d'eau, pour en assurer l'écoulement.
Mais l'écoulement de quel côté? Du côté de la Suisse. Il ne s'agit pas en ce moment, pour, les ingénieurs, de renvoyer le Bief-Rouge dans son lit. Il s'agit de se débarrasser de l'eau. Donc, on laisse l'eau s'écouler en Suisse. Et on continue le tunnel. Lorsqu'il sera achevé, on fermera la galerie d'écoulement des eaux, lesquelles, selon les ingénieurs, remonteront alors vers leur ancien écoulement.
Eh bien! Premièrement, le percement de la galerie d'écoulement est une entreprise dangereuse. Il y a des risques nombreux de rencontrer, là aussi, des cours d'eau souterrains ou des fissures, c'est-à-dire de provoquer de nouveaux écoulements. Au lieu de diminuer le mal, on l'aggrave.
En outre, il faudra huit mois au moins pour l'achèvement du tunnel. Croit-on que pendant ce long délai, les eaux n'emploieront pas leurs forces? S'imagine-t-on qu'elles sont enfermées dans des vases étanches? Comment! J'ai constaté parfois des pressions de 30 atmosphères dans les siphons naturels des eaux souterraines. Je suis descendu à 253 mètres de profondeur dans le lit d'une rivière souterraine dont l'eau remonte jusqu'à la surface, en temps de grandes eaux. Je sais que les rivières souterraines deviennent, à certaines époques, des torrents d'un débit colossal et d'une puissance dynamique considérable. Et l'on voudrait me faire admettre que toutes ces forces se laisseront annihiler par un barrage, qu'elles n'agiront point, qu'elles ne chercheront point une autre issue que celle de la galerie, qu'aucun drainage ne se produira, et enfin que les «phénomènes de capture» cesseront de jouer!
On déplace le niveau d'équilibre de plusieurs cours d'eau. On modifie leur équilibre même. Et c'est pourquoi j'ai pu dire que le Doubs lui-même est en danger. Les ingénieurs jouent avec des forces qu'ils ignorent.
Mais ce n'est pas tout. Les parois du tunnel pourront-elles résister aux pressions formidables des eaux qu'elles devront maintenir? C'est encore un problème. On annonce qu'elles seront renforcées. Tant mieux.
-Alors, ai-je dit, à votre avis, le Bief-Rouge est définitivement perdu?
-On ne pourra le savoir qu'après avoir exploré la fissure et reconnu si elle est une diaclase ou un siphon renversé. Ceux qui affirment, avant cette constatation, qu'ils ramèneront le Bief-Rouge dans son lit, n'entendent rien à l'hydrologie.
-Et tous les cours d'eau voisins sont menacés?
-Oui, si l'on ne prend pas des mesures immédiates. J'entends bien que les moyens que les ingénieurs veulent employer sont des palliatifs, et que, pendant quelques années, peut-être, certaines rivières reprendront ou garderont leur cours et leur débit normal. Mais nul ne sait ce qui arrivera après ce délai. On entreprend une œuvre dangereuse, et j'ai voulu la signaler. Ce serait méconnaître toutes les lois de l'hydrologie que de penser que les rivières céderont aux vœux des ingénieurs.
-Alors, que faut-il faire?
-Explorer la fissure. Et si l'on reconnaît qu'on ne peut faire revenir l'eau à son cours ancien, construire un aqueduc pour l'amener à Vallorbe, en Suisse. Le tunnel du Mont-d'Or est creusé -j'ai écrit cette phrase- à peu près à l'endroit que j'aurais choisi, si j'avais voulu amener à Vallorbe des eaux aussi abondantes que possible.»
J'allais quitter M. Fournier, quand on lui apporta une dépêche. Elle était signée du maire de Malbuisson, village sis à peu de distance de Métabief. Elle disait ceci «Débit de deux sources diminué de moitié. Eau louche. Venez le plus tôt possible.»
Par Louis Latzarus

Une nouvelle inondation va encore frapper le tunnel en avril 1913, mais les dégâts sont moins graves que la première fois.

Fal du lundi 21 avril 1913 p15
Le tunnel du Mont-d'Or à nouveau inondé à fin avril.
 Les pluies abondantes de ces jours derniers et la fonte des neiges ont de nouveau causé une inondation au tunnel du Mont- d'Or (voir page 4). Non seulement l'aqueduc  du tunnel et la canalisation établie à la suite de la dernière inondation sont remplis, mais une grande quantité d'eau non canalisée s'écoule au dehors du tunnel, le long des voies, pour se perdre peu à peu dans le remblai pour aller ressortir on ne sait où.
De nouveau, les routes de l'Echelle et de La Dernier sont coupées. Il y a cependant moins de dégâts que la première fois. A l'entrée du tunnel, où un barrage de sacs de  ciment a été établi, l'eau atteint une hauteur de deux mètres. Dimanche soir, à  6 heures, elle avait tendance à baisser quelque peu. On est en train d'installer une troisième conduite dès l'embouchure du tunnel à l'Orbe Cette troisième conduite ne suffirait pas, en ce moment, à contenir tout le trop-plein d'eau. On évalue à 7 mètres cubes à la seconde, l'eau qu'il y a en ce moment.
Jusqu'à ces jours derniers, on a continué l'étude de la faille, qui change, paraît-il, plusieurs fois de direction. L'avancement du tunnel est en ce moment, à 4408 mètres ; on n'a avancé que de 40 mètres depuis l'inondation du 23 décembre 1912 (10 mètres par mois). Lo percement du tunnel risque d'être retardé d'une année. Déjà grosse par elle-même, l'Orbe a atteint un niveau qu'on ne lui avait pas vu depuis les inondations de 1910. Elle inonde les prés, de La Dernier à Vallorbe  formant un lac de 200 à 300 mètres de largeur par endroits.
Espérons que le beau temps permettra bientôt la reprise des travaux dans le tunnel.
  

Schéma avec la  coupe du tunnel et la source du Bief rouge


En été 1913 les choses ne s’arrangent guère pour les sources françaises et la Compagnie promet  un dédommagement aux industriels français privés de la force motrice de leurs rivières.

Fal du 12 mai 1913 p. 15
Au tunnel du Mont-d'Or.
Le débit d'eau dans le tunnel du Mont-d'Or est descendu à 1’400 litres ; on a pu rentrer dans le souterrain, et les travaux d'avancement ont repris dans la galerie du faîte qui n'avait pas été poussée aussi loin que la galerie de base. Les ingénieurs  préparent les projets d'obstruction do la faille recoupée à l'avancement
* A Métabief, les sources du Bief-Rouge sont toujours arrêtées.
Elles n'avaient repris vie ces dernières semaines, et pour peu de temps, qu'au moment des très grandes eaux, alors que le débit au tunnel atteignait 9000 litres.
 Lundi dernier, M, Nivert, ingénieur en chef des travaux, est allé rendre visite aux industriels de Métabief. Estimant que le tarissement des sources et l'arrêt de leur travail pouvaient leur créer de la gêne pour leurs règlements il leur a offert de verser des avances à valoir sur l'indemnité dont le chiffre sera arrêté à la fin des travaux du tunnel. Tous les industriels sauf un ont accepté.

Fal 3 juin 1913
 Au tunnel du Mont-d'Or.
Les sources de Malbuisson et de Fontaine-Ronde sont taries de nouveau. Au tunnel du Mont-d'Or, les travaux se poursuivent au tunnel et l'entreprise espère pouvoir les terminer au 1er février prochain.
Dans le tunnel, le débit de l'eau a considérablement diminué. Pour pouvoir continuer les travaux à l'avancement, on a dû tourner l'obstacle que constitue la faille par une galerie en demi- cercle qui, partant du tunnel, s'éloigne à gauche à 10 mètres de l'axe et revient au-delà  de la faille, dans cet axe, isolant ainsi provisoirement le point dangereux.

A l’intérieur du tunnel, après avoir installée des barrages on va tenter de colmater les failles pour redonner à ces cours d’eau souterrains leur tracé initial.



Pompe à l’intérieur du tunnel

Ces travaux semblent avoir été efficaces. Totalement ? Je l’ignore.

En mars 1923, suite à des rumeurs au sujet de l’étanchéité du tunnel, la Feuille d’avis du 29 mars 1923 rappelle, avec force détails, les travaux effectués dix ans auparavant pour colmater ces fissures du rocher :
Ainsi que vous le savez, au cours des travaux de creusement du tunnel, des difficultés très sérieuses ont été éprouvées. A environ 4’300 mètres de la tête côté Vallorbe,  la  galerie, d'avancement a rencontré des canaux souterrains en communication avec diverses sources du plateau, en particulier avec la source importante du Bief Rouge, située à 80 mètres de hauteur au-dessus du tunnel. La galerie ayant coupé un de ces canaux et une de ses ramifications, deux très fortes irruptions d'eau se sont produites, envahissant la partie du tunnel déjà construite, et venant se déverser par la tête côté Vallorbe dans la rivière de l'Orbe.
 » Pour garantir le tunnel contre le retour de pareils incidents, on a bouché les ramifications par des tampons en maçonnerie ; quant au canal principal, on a pensé que la solution la meilleure consistait à reconstituer la continuité du canal souterrain préexistant. L’expérience montrant que les parois de rocher qui le formaient étaient parfaitement  compactes et qu'aucune venue d'eau ne se faisait dans la galerie avant qu'on eût crevé ces parois.
 A cet effet, on a creusé une galerie souterraine passant sous le radier et derrière les piédroits, laissant un massif rocheux de 8 m. d'épaisseur environ autour du tunnel et reliant ensemble les deux branches du canal souterrain qui avait été coupé. Deux grosses conduites en fonte ont été placées dans cette galerie, qui a été ensuite remplie de maçonnerie de ciment, ainsi que les parties abandonnées des deux branches du canal souterrain, et les fissures et cassures qui furent découvertes aux abords. Pour compléter l'opération, on fit des injections de ciment à forte pression derrière les maçonneries du revêtement, de façon à boucher les petites fissures qui pouvaient subsister dans le rocher.
Ces travaux ont donné des résultats satisfaisants, car, depuis l'époque où ils ont été exécutés, il ne s'est produit aucun incident dans la zone qu'ils avaient pour but de protéger. On n'y constate aucune venue d'eau anormale et les maçonneries ne présentent aucune dégradation.
« Il en résulte donc, que, conformément à ce qu'on espérait, la situation antérieure aux incidents qui se sont produits pendant la construction a bien été rétablie. L'eau qui remplissait les canaux souterrains y est maintenue et la maçonnerie du tunnel' n'est pas soumise, directement à sa pression, pression qui, si elle existait, ne manquerait pas de se manifester par des suintements d'eau : mais ils se produisent surtout en dehors de la zone traitée, vers la tête, coté Les Longevilles, dans le terrain rocheux fissuré qu'on a traversé. Ces suintements n'ont rien d'anormal attendu que le débit de l'aqueduc collecteur du souterrain ne dépasse pas, par kilomètre de longueur, celui qu'on trouve couramment dans les autres souterrains. »
Ce débit est jaugé mensuellement et on constate qu'il n'augmente pas d'une année à l'autre. »
 Il y a là quoi de tranquilliser complètement le public et les autorités.

Mais il reste un écoulement d’eau important dans le tunnel qui s’écoule vers Vallorbe et qui actuellement intéresse VO Energies :
Tournés vers l'avenir
Actuellement, VO Energies étudie 3 projets prioritaires dans le domaine de la production d'électricité:
·         La Centrale hydroélectrique des Moulinets sur l’Orbe à Orbe (remplacement de la centrale des Moulins ROD)
·         La Centrale hydroélectrique du Bief-Rouge à Vallorbe (turbinage des eaux du tunnel ferroviaire du Mont d’Or)
·         Le Parc éolien sur Grati sur les communes de Vallorbe, Vaulion et Premier, ce parc pourrait voir l’implantation de 6 éoliennes.
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Et de l’autre côté du tunnel les communes françaises de la région ont d’autres préoccupations et elles étudient actuellement le projet suivant :

Assemblée du 3 juillet 2012 de la communauté des communes Mont d’Or et des deux lacs :



Sera-t-il possible de retrouver dans les flancs du Mont d’Or, cette eau qui a tant retardé les travaux du tunnel et de bien l’utiliser ?