lundi 19 mai 2014

L'église de Bofflens fête ses 100 ans en 2014


Les cent ans de l’église de Bofflens en 2014

Logo de la fête réalisé par Maria Labuena



Bofflens avant la construction de l’église



Bofflens avec l’église de 1914

Le petit village de Bofflens est célèbre pour les nombreuses  découvertes  archéologiques du Crêt de Romanel et du Crêt de Riondan.


Plaque-boucle de ceinture du VIème siècle trouvée entre Bofflens, Croy et Arnex
Un extrait du dictionnaire historique du canton de Vaud d’Eugène Mottaz (1914) concernant Bofflens nous dit que :
Le village, dans sa position actuelle, est aussi très ancien, il dépendait du monastère de Romainmôtier dès le Xème siècle. En 1004.Odilon, abbé de Cluny donnait au nommé Enguizon, des terres à Bofflens. Il parait cependant qu’à cette époque-là, le monastère ne possédait qu’une partie du village, qui comme Agiez et Arnex faisait partie du domaine royal d’Orbe. Le roi Rodolphe donna en 1011, six maisons de ce village au monastère de Romainmôtier. Dès cette date Bofflens parait avoir appartenu complètement à cette maison religieuse.
En 1529, Bofflens comptait 12 feux.
Ce village faisait autrefois partie de la paroisse de Romainmôtier ; il est rattaché aujourd’hui à celle d’Agiez.

Quelques anciens plans du village :


Le village de Bofflens en 1813


Le village de Bofflens en 1870


Le village de Bofflens en 1920 avec son église


Bofflens vers 2012




Croquis de Ric Berger

La réorganisation ecclésiastique de 1910
Au 1er juin 1910, le village de Bofflens quitte la paroisse de Romainmôtier pour être rattaché à la paroisse d’Agiez-Arnex. Un changement de paroisse qui avait reçu l’accord unanime de la Municipalité.
Deux conseillers de paroisse de Bofflens sont élus, MM. Emile Besson et François Charles syndic.
Il est décidé d’organiser deux cultes par mois à Bofflens. Mais la demande de la Municipalité de Bofflens de donner les leçons de catéchisme à Bofflens si les catéchumènes de cette localité sont plus nombreux que ceux d’Agiez est rejetée par le Conseil de paroisse !

La nouvelle église de 1914
Trois ans après cette réorganisation quelques personnalités de Bofflens dont le syndic François Charles (1857-1926) et l’instituteur Guignard projettent la construction d’un temple au village et se mettent au rapidement travail.
Pour plus de détails sur François Charles, voir la notice en fin de cet article

Un article tiré de la Fal du 29.07.1913 




Fal du 25.09.1913




Tribune du 24.09.1913   et Gazette de Lausanne du 25.09.1913
Pour un temple à Bofflens
On nous écrit de Bofflens :
Pour remplacer notre vieille chapelle, qui devra être utilisée comme salle d'école, il a été décidé, au mois de décembre dernier, la construction d'un temple dans notre village.
Un comité d'initiative a été formé pour réunir les fonds nécessaires et dans ce but a organisé une tombola. De leur côté, les dames et demoiselles rivalisent de zèle et se sont mises à l'œuvre pour confectionner une foule de choses utiles, et même les enfants, dans leurs travaux manuels, exécutent de nombreux et jolis objets qui seront vendus au profit de l'église ou donnés comme lots. Dans une récente assemblée, il a été décidé de retarder de quelques mois le tirage de la tombola, qui devait avoir lieu cet automne, afin de vendre, si possible, le solde des billets, et d'organiser à la place, pour le dimanche 12 octobre, dès 1 heure de l'après-midi, une grande vente où seront exposés tous les objets qui ont été faits et reçus jusqu'à ce jour. Nous adressons un appel à toutes les personnes de bonne volonté qui voudraient nous aider dans cette tâche et recevrons avec reconnaissance tous les dons qui pourraient nous parvenir. A cette occasion, nous profitons d'adresser un chaleureux merci à tous ceux qui, de près et de loin, nous ont déjà fait parvenir leur obole. Les amis de la localité pourront profiter de ce jour pour lui rendre visite. Ils trouveront des jeux divers pour les divertir, un buffet bien garni, et, pour l'agrément de tous, l'orchestre de Romainmôtier qui jouera ses plus beaux morceaux.

La vente du 12 octobre 1913






Intérieur de l’église lors de sa construction



Histoire et inauguration du 13 décembre 1914
Extrait des PV du Conseil de paroisse  du 9 avril 1915 :
 Rapport sur la marche de la paroisse en 1914
…Il est bon que chaque village apprécie et utilise son temple et lui reste fidèlement attaché. Nos sanctuaires doivent être au milieu de nos préoccupations de la vie, une force bienfaisante, non seulement un asile, un refuge, mais un point d’appui.
On ne saurait trop apprécier les efforts qui ont été faits et seront encore à faire pour les rendre aimables et capable d’user de leur influence.
Arnex a compris cette nécessité en créant, grâce à l’heureuse initiative de la Société de couture un fond de restauration ; ses ressources sont encore petites, mais elles grossiront nous en sommes sûrs quand les justes préoccupations de l’heure actuelle nous permettront de nous occuper davantage de nous-mêmes.
Bofflens a senti cette grande valeur qu’a pour une localité un temple attrayant propre à faciliter l’éclosion d’impulsions religieuses et a fait un très remarquable effort pour le posséder.
Sur l’initiative de quelques paroissiens et sous la direction  plus spéciale de MM. Charles, conseiller de paroisse et Guignard instituteur qui ont mis tout leur dévouement à assurer l’un la bonne marche financière de l’entreprise, l’autre son organisation matérielle.
La construction d’un édifice fut décidée au printemps 1913. Des dames travaillaient courageusement à la préparation d’une vente, elles y sacrifièrent tous leurs loisirs et pendant l’été malgré la fatigue des travaux des champs, elles purent faire en automne leur vente qui eut un très grand succès.
Pendant ce temps s’organisait une tombola très réussie qui fut tirée au printemps 1914.
Avec ces fonds et l’aide de l’Etat et de l’église vaudoise, la commune fut en mesure de mettre à exécution un fort joli projet de MM. Brugger et Trivelli, architectes à Lausanne.
Tout fut soigné et arrangé de manière à produire un ensemble fini jusque dans les détails.
Bofflens peut être fier de posséder sa grande tour et surtout un lieu de culte simple mais édifiant surtout au cœur un sentiment de calme.
La construction commencée au printemps 1914 devait être terminée pour le mois d’août pour permettre aux deux cloches mises dans la tour de chanter gravement notre fête nationale rendue plus émouvante cette année-là par les circonstances.
L’inauguration prévue pour septembre 1914 n’eut lieu par suite du retard causé par la mobilisation que le 13 décembre passé (soit le 13.12.1914).
Ce fut une fête impressionnante dans sa simplicité.
Un merveilleux soleil d’hiver embellissait notre petite église et réjouissait les cœurs.
Après l’historique de la construction du temple fait par M. Charles, le syndic de Bofflens, M. Clerc remit le temple à M. Albert Monnier président du Conseil de paroisse.
Puis le culte d’inauguration fut célébré par le pasteur qui prit comme texte : »Sur cette pierre je bâtirai mon église ». Après la prédication, le Chœur mixte de Bofflens dirigé par M. Guignard chante de manière à saisir plus d’un cœur, un beau chant d’inauguration.
Ce fut sous cette impression que le Chef du Département de l’Instruction publique et de cultes rappelle à tous l’heure grave où nous vivons et les devoirs qu’elle impose à notre pays et à chacun de nos concitoyens, aux jeunes comme aux plus âgés..
MM Fleury, président de la Commission synodale et Subilia au nom de l’arrondissement terminèrent cette cérémonie par leurs exhortations.
Puisque chaque localité a le privilège d’avoir son lieu de culte, nous espérons que beaucoup, nous voudrions dire tous les paroissiens en seront comprenant la nécessité d’obéir à une règle supérieure pour bien diriger leur  existence ?et de la rechercher dans l’enseignement de la vérité chrétienne.
Les cultes sont d’ailleurs suivis par un auditoire satisfaisant et en général nombreux…

Une aide cantonale
Durant quelques années une partie de la collecte de Pentecôte des églises vaudoises aidera à financer cette construction

Collecte cantonale en faveur du temple de Bofflens




Nécrologie de François Charles en 1926


Ernest Guignard, instituteur, ne survivra pas longtemps après l'inauguration de l'église de 1914. Il décède le 1er février 1916 à 39 ans et sera inhumé le 4 février.


Le décès d'Ernest Guignard annoncé par l'Educateur


Par la suite cette église aura quelques problème, comme l'incendie de Noël 1960






La journée du 28 juin 2014











A la sortie du culte





Durant l’apéro, les participants écoutent les propos du syndic



Christophe le Nédic, syndic du lieu, saluant tous les participants



Et à midi, 115 convives savourent  le repas préparé par les Vaudoises et le rôti à la broche de la Société de tir

Durant l'après-midi la Société de jeunesse avait organisé un rallye à travers le village.

jeudi 24 avril 2014

Les anciens Châteaux de Ste-Croix

Les châteaux disparus de Ste-Croix

Passage stratégique entre le Pays de Vaud et la Bourgogne la région de Ste-Croix a été dotée de deux châteaux importants.
Mais aucun n’a subsisté jusqu’à nos jours.
Ne restent que leur emplacement et quelques documents attestant leur existence
Ces deux châteaux étaient situés l’un en dessous de Ste-Croix, (qui n’existait pas encore) et l’autre en dessous du col des Etroits pas très loin de l’actuel village de la Chaux. Il s’appelait Franc Castel

Voici ce qu’en dit Eugène Mottaz dans son Dictionnaire historique de canton de Vaud de 1914, en page 588.
En fait il reprend l’article du Dictionnaire historique de canton de Vaud de David Martignier de 1867.

Seigneurie de Ste-Croix.
La région de Ste-Croix participa pendant environ un siècle aux destinées de la seigneurie de Champvent. En 1317, Pierre II de Grandson (1297-après 1342) et son frère Thibaud (ou Thébald) achetèrent (à Jaques de Champvent) la partie de cette seigneurie située sur la rive gauche de l’Arnon, rivière que l’on appelait aussi les Arnons, Lyssarnon ou l’Yserne, soit Ste-Croix, Bullet et une partie de Vuiteboeuf. Ces terres étendues formèrent une seigneurie distincte. Pierre fit bâtir un château-fort sur un promontoire à l’entrée du vallon dans une situation extrêmement pittoresque dominant la gorge de Covatannaz et un vaste horizon.
A 300 ou 400vm. à l’ouest du château, dans un endroit abrité, il existait déjà un hameau –le premier qui eut été construit dans la contrée-connu sous le nom de la Villette de la Sainte-Croix. Il donna son nom à la seigneurie et à toute la contrée et il grandit rapidement sous la protection de la forteresse voisine.


A cette époque-là, Hugues de Chalon-Arlay (1288-1322) était un des plus puissants seigneurs de la Franche-Comté. Il possédait la terre de Jougne et il étendait ses droits de souveraineté jusqu’au col des Etroits et aux Mont des Cerfs qui forment aujourd’hui la limite des deux parties naturelles de la commune : Ste-Croix et les Granges. Il craignait que son puissant voisin Pierre de Grandson ne parvint à détourner le transit de la route des Clées, à Jougne pour l’acheminer sur celle de Ste-Croix.
Les anciens seigneurs de la Haute-Bourgogne avaient craint des invasions de ce côté-là et avaient élevé des ouvrages de défense au débouché du chemin qui descend du col des Etroits, dans le vallon de la Chaux et des Granges. Hugues de Chalon releva ces fortifications et fit construire un château fort au point le plus étroit du défilé afin de protéger ses domaines au point de vue économique aussi bien que militaire. Ce fut le célèbre Franc Castel.
Il y établit un péage afin de rançonner les voyageurs et les marchands. Cela ne se fit pas du reste sans lui donner de graves difficultés avec son voisin Pierre de Grandson…..
….Le Franc Castel
On a vu plus haut qu’en 1317, lorsque Pierre de Grandson fonda la seigneurie de Ste-Croix, Hugues de Chalon-Arlay, seigneur de Jougne chercha à entraver les communications entre le Pays de Vaud et la Bourgogne par Ste-Croix, afin de maintenir le trafic par la route de Clées à Jougne qui traversait ses terres. Il fit construire dans ce but un château fort au débouché du chemin des Etroits dans le vallon de la Chaux et des Granges. Ce fut le Franc Castel. Il commandait complétement la route qui, à cet endroit, passait entre deux parois de rochers suffisamment proches, pour, dit-on, on pût tendre une chaîne de l’un à l’autre lorsqu’on voulait fermer le passage.
Un péage ayant été établi à cet endroit, il en résultat un grave différend entre Hugues de Chalon et Pierre de Grandson qui possédait des droits sur une partie du plateau des Granges située au-delà de Franc Castel. Il se termina en 1319 par un traité signé par les deux seigneurs ensuite de la médiation de Louis de Savoie, (en fait Louis II de Savoie, né vers 1290 et décédé en 1349) seigneur de Vaud.
En voici les principaux articles :
1.     Pierre prête hommage à Hugues et reconnait tenir de lui 30 livrées de terres dans sa seigneurie de Belmont.
Le Franc Castel continue à appartenir à Hugues et à ses hoirs, perpétuellement, à savoir : le Châtel et la terre qui l’entoure, telle qu’elle a été délimitée par Louis de Savoie.
2.     S’il vient des habitants étrangers à la famille du seigneur pour occuper les terres voisines, les rentes seront partagées entre les deux seigneurs.
Cette transaction était précédée de l’hommage de Pierre de Grandson, envers Hugues de Chalon, à la réserve de celui auquel il était tenu à l’égard du comte de Savoie, de l’évêque de Lausanne, etc, en sa qualité d’héritier de la baronnie de Grandson.
Ce traité était très onéreux pour Pierre de Grandson, puisqu’il fut obligé de céder la moitié du territoire ou pâturage de la Chaux sur lequel son ancêtre Huon de Grandson avait exercé le droit de propriété. Plus tard, quand la maison de Savoie entra en possession de la seigneurie de Ste.- Croix après la mort d’Othon de Grandson à Bourg en Bresse, elle servit à son tour de sa prépondérance pour imposer d’autres conditions à la maison de Chalon.




Emplacement du Franc Castel près de la Chaux de Ste-Croix

En 1485, les habitants de Ste Croix furent exemptés du péage de Franc Castel et, en 1500, la borne qui séparait le Pays de Vaud de la Bourgogne fut transportée à l’extrémité du plateau des Granges, près de la Beufarde, à l’endroit où elle se trouve encore maintenant, au lieu-dit la Grande-Borne, sur la route de Pontarlier. Cette borne consistait en un sapin auquel était fixée une cheville de fer portant la croix blanche de Savoie.
Bien que le Franc Castel continuât à appartenir à la maison de Chalon il se trouvait donc enclavé dans la châtellenie de Ste-Croix. Le Châtelain faisait dans ses nouvelles limites, la levée de corps et tous les actes  de haute seigneurie, comme cela résulte des enquêtes faites en 1545 au sujet de la frontière.
Le Franc Castel continua à subsister avec un péage jusqu’en 1536. Au mois de février de cette année, l’armée bernoise qui assiégeait Yverdon à son retour de Genève reçut l’hommage des habitants de Ste-Croix. Ceux-ci prièrent les chefs de l’armée de bien vouloir les délivrer des ennemis et vexations qu’ils avaient souvent à supporter de la part de la garnison bourguignonne du Franc Castel. Cette demande fut favorablement accueillie et le bailli bernois de Grandson, Tribolet, fut chargé d’occuper ce château, ce qui fut fait avec l’aide des intéressés de Ste Croix. Le fait est raconté par la tradition de la manière suivante :
Le bailli Tribolet avait fixé un jour pour attaquer le Franc Castel, avec l’aide des hommes de Grandson et de Ste-Croix. On avait jugé que les préparatifs d’un siège pourraient donne l’éveil à la garnison qui aurait le temps de se renforcer et de rendre le succès difficile. Une surprise parut préférable. Au jour marqué, toutes les précautions étaient prises, les hommes de Grandson étaient montés dans la nuit sur la montagne où les gens de Ste-Croix gardaient tous les passages qui conduisaient au châtel que l’on voulait surprendre. Celui-ci se trouvait ainsi investi par un ennemi invisible. Au matin, des hommes apostés dans la forêt des Estroits font entendre le bruit de plusieurs clochettes, comme si un troupeau avait voulu passer en évitant le Franc Castel. La garnison se précipite nombreuse au dehors afin de saisir tout le troupeau. Cet instant était attendu avec impatience par les assaillants qui veillaient, rapprochés des portes ; aussitôt ils arrivent en courant, le château est emporté sans résistance et immédiatement démoli.
Le Franc Castel ne fut jamais relevé dès lors. Cela n’empêchât pas qu’en 1579 et en 1592 de nouvelles difficultés, dont on ignore l’issue, surgissent de nouveau à propos des péages.
Comme les ruines du château de Ste-Croix, celles de Franc Castel devinrent une carrière d’où furent extraits les matériaux nécessaires pour la construction des fermes et chalets de la Chaux, de l’Auberson, et d’autres hameaux. Il ne reste maintenant de cette forteresse redoutée que des talus arrondis où l’herbe pousse, mais qui accusent encore assez nettement, les fossés, les remparts et les murs. Deux sapins couronnent le sommet de ces ruines.

Quelques modestes fouilles, dont celles de septembre 1875 à l’initiative de la Société du musée de Ste-Croix, ont fait apparaître quelques restes de murs calcinés, quelques objets de fer, boulets de pierre et deux pièces de monnaie.
Mais elles n’étaient pas suffisantes pour reconstituer le plan exact de cet édifice.
L’histoire de Franc castel figure également dans l’ouvrage de Victor-H. Bourgeois « Au pied du Jura » et dans « le Nord vaudois «  de Ric Berger avec quelques croquis du lieu.



 Le plan des lieux vers la Chaux



Le vieux chemin d’Entre-Roches



Le défilé Entre-Roches



La colline de Franc-Castel au-dessus de la route qui conduit à la Chaux




Les fossés qui entouraient le château sont restés bien visibles


Une pierre du mur qui n’a pas été prélevée du site !


Note : Pour plus de détails sur l’accord entre Hugues de Chalon et Pierre de Grandson du 17 décembre 1309 voir l’acte  615 du Cartulaire dit de Hugues de Chalon :



Le château ruiné de Ste-Croix


Le château construit vers 1320 au-dessus du hameau de la Villette




Pour conter son histoire, je citerai à nouveau Ric Berger :
Le château de Ste-Croix ne fut construit que vers 1320 par Pierre de Grandson qui venait de recevoir en partage, du seigneur de Champvent, des terres situées de l’autre côté de l’Arnon. L’emplacement choisi, une sorte de nid d’aigle au-dessus de gorges de Covatanne, permettait aux défenseurs de surveiller toute la plaine, et surtout la route très fréquentée qui conduisait en France par un défilé creusé à travers le Jura.
Le passage était si important que les Romains y avaient construit une excellente route dont il reste un certain parcours juste au-dessous dudit château, parallèlement à la route actuelle et en contrebas. Un écriteau indique l'entrée "route romaine ».
Une solide forteresse
Né en 1320, le château de Ste-Croix devint d’emblée une solide forteresse avec un donjon défiant les assauts. On sait qu’en 1397. Le sire Othon de Grandson, de la famille qui avait construit le château de Ste-Croix, fut dépossédé de ses domaines parce qu’on l’accusait d’avoir empoisonné son suzerain le comte Rouge, Amédée VII de Savoie.
La population, alors considérable de la Villette de Ste-Croix, par affection pour son seigneur refusa de reconnaître cette sentence et résista deux ans aux troupes envoyées pour la mater !
Au siècle suivant en 1475, le château fut pris et incendié par les Bernois. Rendu à la Savoie peu après, le Pays de Vaud fut de nouveau conquis par les Bernois qui, cette fois, y restèrent. En 1540 ils logèrent le premier prédicant protestant de la région dans la grande tour du donjon, le seul logis encore habitable de l’ancienne forteresse.
Puis peu à peu les intempéries dégradèrent les locaux mal entretenus. En 1716 le conseil de Ste-Croix refusa les crédits que l’on demandait pour fabriquer et poser les tavillons nécessaires à la réparation des toits et à la fin du siècle les étages supérieurs s’écroulaient. Sur le plan cadastral de 1814 on voit encore figurer l’emplacement des tours et la mention « masures du château », mais comme l’époque n’avait que du mépris pour le Moyen Age et ses monuments, on se contenta d’aller piller les pierres branlantes du vieux castel afin de construire des fermes nouvelles.
Pourtant le fier castel  «tenait » encore en partie au milieu du siècle dernier, si l’on en croit le témoignage du livre sur le canton de Vaud publié en 1862 par Louis Vuillemin, témoignage qui apporte des renseignements précieux et peu connus.
‘’Le voyageur qui, du pied du Jura, a gravi jusqu’à l’entrée de la vallée de Sainte-Croix, s’arrête auprès de ruines d’un fort, qui jadis a régné sur la vallée et dominé le passage. On nommait ce château le château de Fresne.
Le chemin de Bourgogne passait à cette époque, sur le plateau des Gittes, d’où il descendait à Jougne ; un nouveau chemin fut tracé dans le milieu de la vallée, des maisons, une église s’élevèrent sur ces bords ; ce furent les commencements de Sainte-Croix.’’
Visite aux ruines
Visite fort décevante. On se demande toujours comment la commune de Sainte-Croix a pu laisser démolir tout au long du XIX ème siècle son beau château féodal, le seul monument historique que possédait ce village. Il en a été de même du reste de l’autre château de Sainte-Croix, le Franc Castel situé à mi-chemin de l’Auberson et où pas une seule pierre n’est encore visible.
Il nous a été impossible de retrouver un plan exact du château. Sur le terrain on ne peut guère identifier que deux constructions aujourd’hui : une tour ronde-sans doute le donjon, à cause de ses dimensions-laquelle a été transformée en puits ; plus au sud se dressait la porte d’entrée du château avec son arc brisé qui était encore debout il y a peu d’années. Comme elle empêchait les véhicules de passer, on l’a démolie en ne laissant que les bases des piliers.
Et voilà comment un château vaudois a pu disparaître presqu’entièrement d’un site en ne laissant que son nom.
La route romaine située un peu plus loin a eu plus de chance malgré ses 2000 ans d’existence. Il est vrai qu’elle était taillée dans le roc et qu’on ne pouvait pas lui arracher ses pierres. 

Croquis de Ric Berger de l’emplacement de l’ancien château de Ste-Croix


En 2001 Daniel de Raemy présente ce plan lors d'une conférence

Et en 2014 ?
Je dois avouer que Ric Berger a retrouvé plus d’éléments que moi.
Sur place, je n’ai pu que photographier les toblerones ayant remplacé les murs féodaux…


Les toblerones ont remplacé les murs du château

Et comme déjà dit, actuellement, de l’ancien château de Ste-Croix il ne reste que le nom !