jeudi 1 novembre 2012

L'usine à chaux des Grands-Crêts au dessus de Vallorbe


L’usine à chaux des Grands-Crêts au-dessus de Vallorbe

Sur ces anciennes cartes postales de Vallorbe un groupe de bâtiments blancs, sur la gauche, perdus dans la forêt, attirait mon attention.







Après quelques recherches, il fut assez facile d’identifier l’ancienne usine à chaux des Grands-Crêts.



Convocation à l'Assemblée générale de 1908

Un peu de publicité pour ses produits :


En 1902 dans le journal La Liberté






En 1904 dans la Gazette de Lausanne




Un livre relatant l’histoire de Vallorbe note :

« De 1870 à 1933, aux Grands-Crêts, fonctionne une usine produisant des chaux silosées éminemment hydrauliques servant à la fabrication du ciment.
On en voit encore les ruines ».


Carte Siegfried de 1934





La géographie illustrée du canton de Vaud (1927) note :

Grands-Crêts. 887 m.
Usine pour la fabrication de chaux hydraulique à 1,2 km S.-O. de Vallorbe. L’emplacement s’appelait autrefois le Plan du Chalet, nom qui figure encore sur l’atlas Siegfried.
8 bâtiments, dont 5 constituent les usines, silo et places d’extinction, avec 6 fours. L’exploitation de la matière première se fait dans une carrière située au-dessus de l’usine, avec laquelle elle est reliée par une vois funiculaire.
On exploite la pierre hydraulique en souterrain.




Ces galeries souterraines existent encore et ont allumé la curiosité des spéléologues qui en ont fait l’inventaire complet ces dernières années.

Ils ont également réalisé un site fort bien fait qui décrit l’histoire de cette usine et présente le plan des diverses galeries abandonnées :


L’activité de cette usine cessera en 1933 et les bâtiments d’exploitation seront dynamités en 1942.

Autres photos des anciennes galeries :

http://www.shimbawa.ch/mulo/2006/200606-mine/index.php



Concernant la fin de l'activité de cette usine (1933)  après une fusion avec la Société des chaux et ciments de la Suisse romande, en 1919, l'Encyclopédie vaudoise commente ainsi la chose :





Rumeur de fermeture en 1925, déjà
C'est la Gazette de Lausanne du 27 août 1925 qui le signale, je cite :
"Mise au point
M. Alfred Glardon, ingénieur, administrateur délégué de la Société des Usines des Grands-Crêts et membre du Conseil d'administration de la Société des chaux et ciments de la Suisse romande nous écrit : Dans son numéro 233 du 24 août la Gazette de Lausanne annonce que la Société des chaux et ciments de la Suisse romande a décidé la fermeture momentanée des Usines des Grand-Crêts, fabrique de chaux hydraulique à Vallorbe et en indique les motifs.
Le Conseil d'administration de la société précitée n'a, jusqu'à ce jour, pris aucune décision à ce sujet.
Nous avons soumis cette lettre à notre correspondant de Vallorbe qui y répond en ces termes :
Nous sommes particulièrement heureux que les renseignements que nous donnions se révèlent en partie erronés ou du moins exagérés. les ouvriers de l'usine qui avaient reçu quelques avertissements ont répandu cette fausse nouvelle."

Accident de travail
Des accidents de travail se produisent aussi à l'usine
Ainsi le 24 décembre 1900 la Gazette de Lausanne signale que :

Vallorbe
Vendredi matin à l'Usine de Chaux des Grands Crêts un ouvrier italien Pietro Conti àgé de 22 ans voulant remettre sur sa poulie une courroie tombée a été saisi par l'arbre de transmission faisant plus de trois cent tours à la minute. Son vêtement de forte toile a malheureusement résisté et , bien que les machines aient été de suite  arrêtées, il a été entraîné dans le mouvement rotatif de l'arbre et a succombé presque instantanément à des lésions internes.



Ce qui l’en reste en 2012

Quelques entrées des anciennes galeries





Comme déjà dit, l’accès à ces anciennes galeries est réservé à des spéléologues expérimentés.

Pour cette raison la Municipalité de Vallorbe a préféré en interdire l’accès.




Ruines des anciens bâtiments dynamités en 1942


Et voici le seul bâtiment ayant survécu après la fin des activités de l'usine.


Ancien bâtiment de l'usine du four à chaux, juste en dessous de la ligne de chemin de fer Le Day-Le Pont

Avril 2020

Selon sa propriétaire actuelle, lorsque l'usine  était en activité, le rez de cette élégante bâtisse abritait les laboratoires.

A l’étage se trouvaient les appartements du directeur et du contremaître.

Je connaissais enfin l’origine de ce bâtiment qui m’a longtemps intrigué.
Et je découvrais pourquoi une telle bâtisse avait été construite au milieu des bois de Vallorbe.

Mais une autre carte postale me posait un problème, celle ci :




Mais selon M. Brouze, boulanger et fin connaisseur de l'histoire de Vallorbe, ce bâtiment situé en dessous de celui qui existe encore a été détruit.
Il a donc disparu du paysage comme l'usine.
C'est peut-être le bâtiment dont la destruction est décidée par la commune de Vallorbe en 1944.
 ( Voir Archives de la Feuille d'avis de Lausanne (FAL) du 30.12.1944).

Le même article signale la vente du bâtiment  existant  pour Fr. 7'500.- avec 1350 m2.

Production de champignons
En 1945 la commune loue une galerie (sans doute la N° 2 des spéléologues) pour y produire des champignons. 
La location sera  de fr.500.- pour la première année et fr.1'200.- pour les suivantes.
(FAL du 2.5.1945)
J'ignore quelle fut la durée de l'exploitation.
Mais il en reste quelques vestiges bien cachés dans la dite galerie.

La recluse des Grands-Crêts
La FAL du 10 mars 1965 signale ce fait un peu insolite, je vous laisse lire l'article.



Qui était cette dame et qui était son compagnon ?
On ne le saura peut-être jamais.
Il faut dire que l'endroit se prête bien à une vie un peu solitaire.

dimanche 9 septembre 2012

Des cigognes en visite


Des cigognes en visite

Un groupe d’une quinzaine de cigognes est arrivé vendredi 7 septembre à Arnex sur Orbe  
Pour bénéficier de la vue elles se sont installées sur une grue de chantier.


Grue du chantier de l’ancien battoir





Ou sur un silo,


Sur le silo de Jacques et Bernard Gauthey


Elles cherchent aussi quelques bestioles dans le champ voisin pour se nourrir.



  
Dans le pré de Jean-Marie Kesselring

Le samedi matin elles ont repris leur vol vers le sud, laissant la place aux premiers concurrents de la 3ème édition du Semi-Marathon des Côtes de l’Orbe.

mardi 4 septembre 2012

Agriculteur et paysagiste, ce n'est pas l'enthousiasme


Dans un article du 4 septembre 2012, le journal 24 H aborde la question.

En effet le projet pilote plaine de l'Orbe a été conçu pour préparer la mise en place de la future politique agricole, celle qui sera appliquée de 2014 à 2017.
Elle va être discutée tout prochainement par la Chambres fédérales.

Et ce qui gêne le plus les milieux agricoles ce ne sont pas ces mesures en faveur du paysage, mais le fait que leur financement va se faire au dépens d'autres mesures, en particulier de celles qui favorisent la production.

Et la mise en place de ces petits bancs ne les enthousiasment guère,


Partie de l'article de 24 H du 4.09.2012

Un autre article sur le même sujet

http://www.lematin.ch/suisse/paysan-paye-mettre-bancs-champs/story/14281254

Ou encore sur les ondes de Couleur 3
http://www.rts.ch/audio/couleur3/programmes/onde-de-choc/4242519-reportage-dans-une-exploitation-agricole-qui-applique-pleinement-le-principe-de-protection-du-paysage-prevu-par-la-politique-agricole-2014-2017-12-09-2012.html






lundi 3 septembre 2012

Des rosiers et des bancs pour admirer le paysage


Pour mieux admirer les paysages autour  de la plaine de l’Orbe

Les nombreux promeneurs qui parcourent la région en cette année 2012 ont découvert  quelques nouveautés étonnantes parmi les champs et les vignes.

Des rosiers au bout des lignes de vignes
Certes, ce n’est pas une nouveauté, il y a bien quelques années, Charles Monnier avait déjà planté quelques rosiers sur ses parchets de la Vaux-Vully et des Joncs et Louis François Monnier en avait fait de même à la Grêpe.
Mais au printemps 2012 on ne compte plus les rosiers plantés au bout des lignes de vigne.


 Une rose du Crêt Maunet



Cette mesure notée O2Mc, s’intitule « Renforcement des plantes jalons dans le vignoble ».
Elle vise à favoriser la qualité esthétique du vignoble en y ajoutant des plantes ornementales

De petits bancs pour se reposer.

En été sont encore apparus de nombreux petits bancs sur le territoire comunal.
Utiles pour se reposer et bien placés pour admirer le paysage.
Et il y en a de toutes sortes, du bien conçu à la variante un peu cheap.



Avec un arbre pour donner de l’ombre ces prochaines années


Avec un petit panneau explicatif pour ceux qui s’étonnent !



Avec une poubelle pour les restes de pique-nique





Deux variantes plastique blanc

Variante CFF, très résistante



Joli banc en Bulande, vers le sentier des cascades, mais attention à la poix avant de s’assoir !




Un autre banc plus rustique en Bulande, près de l'ancienne passerelle (détruite en 1981) qui traversait la voie et permettait  continuer son chemin vers Pompaples


Tous ces petits bancs ont vu le jour grâce à la mesure qui s’intitule : « Mise en place de placettes paysagères ».

L’exploitant met à disposition du public un coin de champ, ou à proximité d’une surface de compensation écologique, en l’aménageant avec un banc et en l’entretenant.
La surface doit être au moins de 20 m2.
La prairie doit être fauchée une fois par année afin qu’elle soit considérée comme une surface exploitée.

Autre mesure viticole :


Diminuer l’impact visuel des filets de protection du vignoble

Cette mesure vise à favoriser la mise en place de filets de protection latéraux entre véraison et vendanges.
Personnellement, les anciens filets colorés disposés sur nos vignes en automne ne m’avaient jamais choqué.
Notons tout de même que ce nouveau type de filet est moins dangereux pour les animaux.

  Filets verticaux protégeant  un parchet sis au Fond des Vaux




Filet vertical sur le dernier rang d’une vigne située juste sous le village

Agriculture et viticulture au service du paysage


Décidément, pour un agriculteur ou un viticulteur suisse, il devient de plus en plus difficile de comprendre ce que la population de ce pays attend de lui.
Depuis la nuit des temps, c’est sa fonction nourricière qui fut demandée et reconnue.
Puis, la demande impérative de protéger l’environnement va s’ajouter à la production de grains, de fruits, de lait et de viande .
Et voici qu surgit  une nouvelle demande, celle de créer un paysage agricole varié et agréable à visiter !

A l’avenir nos champs, vignes et vergers doivent bien sûr continuer à rester productifs avec la meilleure des qualités possible, respecter l’environnement, sa faune et sa flore, mais en plus ces étendues agricoles devront flatter le regard du promeneur et même offrir des lieux de repos pour admirer le paysage...

Et pour tester la mise en place de ce nouveau concept la Confédération finance la mise en place de quatre projets.
L’un d’eux se situe sur une partie de la plaine de l’Orbe et des coteaux environnants.

Le projet pilote « Plaine de l’Orbe »
Ce projet couvre une surface de 4'429 ha. Ce qui correspond à  3'460 ha de surface agricole utile (SAU) dont 3'460 ha de cultures prairies  et pâturages et 75 ha de vignes.
Il comprend des terrains sur neuf communes : Agiez, Arnex-sur-Orbe, Bavois, Bofflens, Chavornay, Croy, Orbe, Orny, Pompaples.

  Périmètre du projet

Thèmes majeurs de l’analyse de la situation
   1° La diversité paysagère
   2° La nature
   3° Les infrastructures
   4° La cohabitation
   5° L’identité
Et sans surprise, l’analyse de la région révèle que, si pour les agricultures les valeurs patrimoniales et productives sont les plus importantes, pour les non agriculteurs ce sont les valeurs écologiques, patrimoniales et de loisir qui priment.
Il a donc été décidé d’entente avec l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) de viser trois objectifs dans ce projet.

  1° La valorisation de la production dans un paysage varié
  2° Le maintien et le renforcement des éléments boisés pour un  paysage nuancé et renforçant
  3° L’aménagement pour la mobilité douce pour un paysage accueillant.

1° La valorisation de la production dans un paysage varié
Actuellement les prestations écologiques requises (PER) pour avoir droit aux paiements directs jouent déjà un rôle très important.
Mais pour renforcer cet objectif, le projet prévoit des mesures supplémentaires suivantes :
Des rotations de cultures plus variées, des couverts végétaux fleuris en interculture, des cultures colorées.
Dans le vignoble, la pose de filets de protection latéraux contre les oiseaux est encouragée.

2° Le maintien et le renforcement des éléments boisés pour un paysage nuancé et renforçant

Quatre mesures sont proposées dans ce chapitre.
*Le maintien de plantes jalons par une indemnité pour les rosiers déjà existants en bout de ligne de vigne.
*Le maintien des arbres isolés et des alignements d’arbres pour maintenir les éléments structurant le paysage.
Mais aussi le renforcement des plantes jalons par de nouvelles plantations ainsi que la mise en place d’arbres le long des anciens chemins et voie historiques.

3° L’aménagement pour la mobilité douce pour un paysage accueillant

Pour favoriser la mobilité douce dans cette région on a recensé les itinéraires déjà référencés actuellement comme la balade viticole des Côtes de l’Orbe et en plus des circuits de promenade villageois ont été identifiés.
Et le long de ces itinéraires le projet prévoit la mise en place de bordures fleuries de 3 mètres de larges ainsi que de « placettes paysagères », soit un coin de champ aménagé avec un banc.
Une mesure ayant  pour but, je cite, de créer des zones de contemplation et d’observation du paysage…



Itinéraires de mobilité douce et placettes paysagères (en jaune)

Avec pour terminer cet article, un dessin de Michel Berger, dit Mibé qui illustre toutes les mesures prévues dans ce projet pilote.

Je ne lui ai pas demandé d'autorisation, mais il pardonnera sans doute son ancien prof d'économie rurale !!







Source : Rapport du projet pilote Contributions à la qualité du paysage
Morges, le 16 avril 2012
Service de l'agriculture

lundi 16 juillet 2012

Métiers disparus


Métiers ayant disparu du village


Dans d'autres articles de ce blog, nous avons déjà évoqué le dernier tisserand, la fin des deux forges du village, la fermeture de la poste et des différentes épiceries,.
Mais en regardant les films tournés par Jean-Pierre Vonnez sur la vie du village, dans les années 1950, on est surpris d’y retrouver la présence de toute une série d’autres  métiers, ayant également  disparus.

Citons
          Les chefs de gare
          Le charron
          Le cordonnier
          Le crieur public


Les chefs de gare
Le dernier s’en est allé vers 1958.


 Quand les trains ne partaient pas sans le signal du chef de gare


Le charron
Henri Bovet  (1890-1973) fut le dernier charron du village.




Le charron Henri Bovet filmé par J.-Pierre Vonnez


Ancien atelier du charron Henri Bovet

Henri Bovet avait son atelier à côté de l’ancien magasin de la Coopé, une maison transformée et habitée actuellement  par la famille Larqué.



Le cordonnier
Félix Gozel (1916-1969) avait créé son établi de cordonnier dans la maison occupée actuellement par son neveu Jean-Daniel.


Félix Gozel filmé au cortège de l’Abbaye de 1953



L’atelier de cordonnier a été transformé en garage par son neveu



Le crieur public
« Avis à la population… »


Alphonse Monnier dit FonFon (1887-1961)  crieur public

Le crieur public faisait le tour du village pour annoncer une coupure d’eau, une communication urgente de la Municipalité ou pour signaler qu’une bête était débitée à l’abattoir.
Une façon de se répartir la viande à l’époque où les congélateurs n’étaient pas encore là.
Le premier congélateur collectif  ne fut installé  qu’en 1958 dans le bâtiment de la fromagerie.

La cloche du crieur public repose maintenant à la salle de Municipalité !