mercredi 18 septembre 2013

Les treuils de vigne

A l’époque des treuils de vigne dans le vignoble vaudois

Vignes et mauvaises herbes
Plantée sur nos coteaux, la vigne supporte mal la concurrence des autres plantes, appelées le plus souvent « mauvaises herbes ».
Chardons, liserons, mercuriale,  amarantes et bien d’autres font concurrence à la vigne et empêchent un bon développement des grappes.

Citons un vieux livre de Sciences naturelles de 1910 :
Le vignoble est un monde à part, et le vigneron souvent ne connait que lui et ne s’intéresse qu’à lui seul. Au printemps, alors que la riche couverture des feuilles n’a pas encore caché la terre brune, il forme de grandes taches sombres au-dessus des prairies déjà vertes et parait à distance, dénudé et monotone ; mais l’enfant du vignoble n’est pas de cet avis. De bonne heure, armé de sa houe, il ameublit le sol entre les ceps noirs et tordus et en arrache les intruses, les mauvaises herbes toujours prêtes à prendre leur part de ce sol riche qui n’a pas été préparé pour elles, mais dont il est difficile de les expulser complètement  Par la persistance qu’elles montent à envahir nos cultures, n’ont-elles pas quelque chose à nous apprendre ?
Un peu plus tôt, en 1820, dans le contrat signé avec ses vignerons d’Arnex, Charles Antoine de Lerber note à l’article 1 :Les dits frères, fils de Pierre-Louis Lavenex d’Arnex s’engagent à cultiver les dites vignes en bons et expert vignerons, à les fossoyer deux fois l’année, à les provigner convenablement, à les tailler sans surcharger, à faire de bonnes portées de terre, à les tenir propres d’herbe et sans légumes et à leur donner en général tous les soins qu’elles exigent pour leur plus grande prospérité et bon maintien selon chaque saison.

De l’an mille au milieu du XXème siècle, les principaux outils furent le fossoir au printemps, puis en été,  le « rablet » comme on dit chez nous pour maintenir la propreté de nos parchets.


 Deux vignerons au fossoir pour illustrer la couverture du livre de Jacqus Dubois

Mais vers les années dix-neuf cents trente d’astucieux mécaniciens imaginent des treuils plus ou moins lourds, capable de tirer différents types de charrues ou houe. 
En automne, une charrue va ouvrir un large sillon au milieu de la ligne et pousser la terre contre les ceps: le buttage et au printemps ue autre charrue va refermer celui-ci, le débuttage.
Ce travail avait pour but de protéger le pied des souches en hiver, mais aussi de lutter contre les mauvaises herbes.
En été, des houes de sarclage, de largeur réglable ou la »Glardon » avec son couteau fixe éliminaient l’herbe du milieu de la ligne.
Plus tard, certains moteurs de treuil actionnaient un compresseur pour sulfater les vignes avec un tuyau.



Les treuils de vigne en terre vaudoise

En parcourant d’anciens journaux agricoles,  j’ai retrouvé les marques suivantes:
Les treuils Gloppe de Lyon
Le cabestan Léderrey de Grandvaux
Les treuils Ruedin de Cressier, Neuchâtel
Les treuils Plumettaz
Les treuils vendus par la maison Allamand
Les treuils Martin de Perroy


Les treuils Gloppe de Lyon

Le musée de machines agricoles de Chiblins en possède un exemplaire :



Moto-treuil Gloppe de Lyon


Le cabestan de Léderrey



Les treuils Ruedin de Cressier (Ne)







Treuil Ruedin avec moteur Zurcher du Musée de Chiblins



Les treuils Plumettaz



Treuil Plumettaz au Musée de Chiblins

Historique de l’entreprise Plumettaz, repris de son site internet:

PLUMETTAZ : DE LA VITICULTURE AUX TELECOMMUNICATIONS
En 1923, Emile PLUMETTAZ, poussé par un besoin d'indépendance, crée à Vevey (Suisse) un atelier mécanique comptant 3 ouvriers. Sa clientèle: la maison Nestlé pour laquelle il avait travaillé plusieurs années comme contremaître-mécanicien à la condenserie de Payerne (Suisse).
Les premières activités de la jeune entreprise sont l'étude et la fabrication de prototypes d'appareils pour l'industrie alimentaire tels qu’emballeuses pour fromages et fondants ou machines à dénoyauter les cerises. Aux rapports limités de la fabrication de prototypes s'ajoute le produit de travaux de sous-traitance en mécanique générale.
En 1929, 15 personnes sont occupées. La crise de 1930 sonnera le glas de la fabrication de machines pour l'industrie alimentaire. De nouvelles activités sont nécessaires pour assurer la survie de l'entreprise. La mécanisation de la viticulture en coteaux apportera la solution au problème. Les premiers moto-treuils pour la culture du sol font leur apparition sur le marché. Emile PLUMETTAZ développe toute une série d'instruments de culture convenant à la traction par câble. Ces derniers sont fabriqués et commercialisés par son entreprise. Jusqu'à la fin de 1945, les ventes se limitent au marché suisse. En 1943, Emile PLUMETTAZ associe son fils Fernand pour former PLUMETTAZ & Cie. Le programme d'activités est alors élargi par l'adjonction de nouveaux produits tels que:
  • étude et fabrication d'un moto-treuil de vigne léger pour le compte de la maison RUEDIN à Cressier (Neuchâtel).
  • étude et fabrication d'un moto-treuil-cabestan initialement conçu par un vigneron de Grandvaux, M. E. LEDERREY, pour le compte de ce dernier.
  • fabrication de circulateurs pour chauffages centraux et pour transformateurs.
C'est à cette époque que fut adoptée la marque "PLUMETT" qui, depuis lors, est utilisée pour la commercialisation de tous les produits sortant de l'usine aujourd'hui sise à Bex.
Le développement et la fabrication de treuils pour la viticulture constituera la base du "know how" et de la renommée de l'entreprise actuelle. En effet, les exigences de légèreté, associées à la robustesse, ont contraint le constructeur à la recherche de solutions originales, tant pour le choix des matériaux que pour la conception de transmissions mécaniques. Tous les éléments de construction disponibles dans le commerce ne s'adaptant pas parfaitement aux besoins sont éliminés. Ceci oblige l'entreprise à fabriquer elle-même la quasi-totalité des pièces constituant le moto-treuil (moteur exclu).
Dès 1946, par la création de sa propre organisation de vente et d'exportation, l'entreprise PLUMETTAZ & Cie connaît un fort développement. En effet, l'ouverture des frontières permet de trouver en France un débouché important auprès des viticulteurs qui découvrent la motoculture des vignes en coteaux.
En 1947 et 1950, les locaux loués à Vevey deviennent trop exigus. Les ateliers sont déplacés à Bex dans le bâtiment de la nouvelle société "PLUMETTAZ SA", comptant 40 employés à son actif. Pour répondre à la demande croissante de la clientèle viticole française, on développe un treuil qui deviendra par la suite un tracteur-cabestan de montagne.
Dès 1960, les exportations vers la France ralentissent en raison de la disparité des monnaies. En outre, une saturation du marché viticole suisse se fait sentir. On constate également un changement des façons culturales défavorables à l'avenir du treuil de vigne.
Le treuil-cabestan subit alors de nombreuses améliorations. On développe pour la sylviculture un treuil-cabestan de 2 tonnes, sur la base des expériences acquises avec le tracteur-treuil bien connu par les vignerons et les forestiers suisses. Une version automotrice et une version d'adaptation pour véhicules utilitaires du genre Jeep ou Land Rover sont offertes sur le marché.
Les caractéristiques particulières du treuil-cabestan, à savoir force et vitesse de traction indépendantes de la longueur de câble emmagasiné et, une fois de plus, rapport poids-performance favorable, ont attiré l'attention d'une clientèle toute nouvelle pour la société: services publics, entreprises de génie civil, services de télécommunications, spécialistes du génie militaire et constructeurs de véhicules utilitaires tout terrain. Ce treuil-cabestan est utilisé pour les applications suivantes: pose de câbles souterrains (énergie et téléphone), dépannage de véhicules blindés, auto halage, manutention de wagons, entretien des forêts, entretien et damage de pistes de ski, etc.



Tracteur Plumettaz avec son treuil au musée de Chiblins


Le treuil juste devant le siège


Plaque sur le tracteur


Vers 1960, les séries Plumett AT 70, puis AT 80 eurent un certain succès.



Plumett AT 70 avec treuil et barre de coupe



La maison Allamand de Ballens





Mais je ne connais pas la marque de ce mototreuil vendu par la maison Allamand.
Comme la maison Plumettaz, Allamand S.A fabriquera  aussi différentes charrues vigneronnes.



Les treuils Martin de Perroy

Henri Martin de Perroy, décédé en mai 1972 à l’âge de 77 ans fut un des leaders du marché du treuil viticole de 1930 à 1960.
Il va mettre de nombreux modèles sur le marché, citons :
Le Cumul
Le Super-Eclair
Le Benjamin, type L, BLZ, BLZE

Il va également imaginer le Tracasset, ce petit véhicule à moteur adapté aux petits transports.
Malheureusement, je n’ai pas pu trouver toutes les sources qui m’auraient permis de présenter l’illustration exacte de ces différents modèles.
Alors en voici une série, un peu en vrac…






1935 au Musée de Chiblins


1940, au Musée de Chiblins


Ancien treuil de Gérald Baudat avec un moteur Bernard chez son beau-fils




Mototreuil portatif : Modèle « BLZ »


Le tracasset d’Henri Martin.

Véhicule utilitaire à l’origine il est devenu véhicule de courses pour la célèbre course des tracassets de Lavaux.
En janvier 2018, M. Farine, un lecteur nous signale :

Suite à votre blogue je suis allé me balader à Perroy et j’ai vu l’ancienne petite usine Martin.
Nous avion aussi un Tracasset qui nous avait été livré par le représentant M Deschant sauf erreur, il nous a rendu d’énormes services vu que nous n’avions pas de voitures,

nous allions même à la messe le dimanche toute la famille sur le Tracasset !

Promenade en famille


Compresseur pour sulfatage direct


Un compresseur s’adaptant aux treuils Martin pour sulfater vignes et vergers


Henri Martin, presque toujours présent au Comptoir suisse avec ses treuils !



Une publicité des années cinquante parue dans la Feuille d’Avis de Lausanne :
LES MOTO-TREUILS MARTIN
Monsieur H. Martin, constructeur, à Perroy, présente à son stand 733, Halle 7, une gamme complète de moto-treuils. L'attention des propriétaires de domaines accidentés, dont les vignes sont inaccessibles aux modèles connus, est spécialement retenue par un petit modèle breveté de moto-treuil portable à dos d'homme, qui rendra d'inappréciables services.
En outre, ce petit modèle se transforme, en un tour de main, en un petit châssis motorisé, par une combinaison ingénieuse. Tous les modèles possèdent un enrouleur de câble automatique, une révélation dans le domaine de l'enroulage du câble de moto-treuil.
Un gros modèle genre petit tracteur avec éclairage et démarrage électrique, moteurs Diesel et benzine de 8 à 15 CV. Ses modèles connus, dont la renommée n'est plus à faire, font honneur à la Maison Martin, spécialisée dans cette fabrication depuis 20 ans. D'autre part, nous remarquons que la Maison a sorti une nouveauté qui consiste en une machine à marquer les routes, présentant le plus grand intérêt pour les entreprises de travaux publics.


Une riche carrière, mais certains regrettent…
En 1947 parait dans la Terre vaudoise, un article consacré aux machines viticoles, signé By, je reprends le passage consacré aux treuils d’Henri Martin et  je cite :
Par contre, le mototreuil automobile Martin se répand très largement : son poids en fait un petit tracteur pour le déplacement des instruments, pour le transport de la vendange, du fumier.
Henri Martin, de Perroy, n’a pas eu, comme les constructeurs de charrue, de concurrents sérieux. Faut-il dire qu’on peut le regretter ?
Et que si la concurrence avait joué, le treuil Martin aurait un différentiel pour faciliter les virages lors de l’emploi en tracteur, il aurait une prise de force normalisée, il aurait un frein agissant sur les deux roues ? Il trouverait alors un intéressant débouché dans nos montagnes où les chemins muletiers sont trop étroits pour permettre l’emploi d’un autre tracteur que le mototreuil Martin dont le câble rendrait de précieux services.

Treuils montés sur un tracteur

Les chemins construits lors des remaniements parcellaires ayant facilité l'accès aux parcelles de vigne, certains viticulteurs se sont équipés d'un treuil monté sur un tracteur.




Treuil de Raymond Morel actionné par la prise de force du tracteur


Avertissement au lecteur attentif :
N’étant pas spécialiste en matière de machinisme viticole, j’ai sans doute omis, dans cet article, de citer d’autres constructeurs de treuils et une erreur s’est peut-être glissée dans mes propos.

Merci de me le signaler par un commentaire.

mercredi 28 août 2013

La ferme du Pontet sur Cheneau

La ferme du Pontet ou la maison des Peiry

Comme cette honorable ferme va subir d’importantes transformations, il est temps de chercher ses traces dans l’histoire du village.


La ferme du Pontet dans son état actuel après avoir  été transformée par M. Peiry.

Cette ferme se situe à votre droite,  à l’entrée du village d’Arnex en venant depuis Pompaples.

Une ancienne photo de l’Abbaye 1973 nous montre son aspect antérieur à 1981, date de la mise à l’enquête de la création de l’appartement côté village par M. Peiry.



Cortège de l’Abbaye 1973 devant la ferme avec ses portes rectangulaires

Sur la nouvelle porte de grange, refaite par M. Peiry on trouve la date de 1818


Mais d’où sort cette date ?
Elle a peut-être été gravée par M. Peiry quand il a modifié cette entrée ou trouvée à un autre endroit.


La situation de la parcelle en 1806, avant la construction



Cadastre de 1806

Sur le Cadastre de 1806, la parcelle 49 /  1152 est notée « Au Pontet », car elle borde le ruisseau qui descend vers le moulin.
Et il avait fallu construire un petit pont pour que la route Orbe-La Sarraz puisse passer par-dessus
Il est noté que ce pré de 504 toises appartient aux hoirs d’Etienne Gauthey.
Il est limité par le ruisseau, la route Orbe la Sarraz et le chemin de Cheneaux, devenu le Golet !

Cadastre de 1865



Cadastre de 1865

Au cadastre de 1865, les parcelles 38, 39, 41,42  et les bâtiments 27 et 40 sont la propriété de Jaques-Henri Gauthey (1835-1866) feu Jean-Samuel.


Cadastre de 1865 : les propriétés de Jaques-Henri Gauthey

Mais comment le pré de l’hoirie Etienne Gauthey est-il devenu propriété de Jaques-Henri.
De son père Jean-Samuel (1800-1864) on ne sait pas grand-chose.
Il avait épousé en 1832 Jeanne Suzanne Gauthey (1797-1865) et avait eu trois enfants : Jean Anthoine né en 1834 et mort à trois mois, Gauthey Jaques–Henri le 21 novembre 1835 et une fille Marianne qui épousera Monnier Charles Albert (1832-910), un de leur fils, Albert 1870-1957) sera officier d’Etat civil et construira la villa vers gare (possédée actuellement par Pierre Lavenex).
De son grand-père Jean- Samuel dit Samuel ((1769-1842) on connait plus de choses
Il avait épousé Suzanne Gauthey en 1797 et cette Suzanne était la fille d’Etienne Gauthey (1733-1814) ancien propriétaire du pré du Pontet de son vivant. Comme indiqué dans le cadastre de 1806.
Si la maison date bien de 1818, il doit en être le constructeur.
D’ailleurs les comptes communaux de 1818 note l’achat d’un chêne par Samuel Gauthey pour sa bâtisse.

.
1818, vente d’un chêne à Samuel Gauthey pour sa bâtisse

Mais revenons au propriétaire de 1865, Gauthey Jaques-Henri, dont la fin demeure très mystérieuse.
En effet au début janvier 1886, le Juge de paix de Romainmôtier signale sa disparition par l'avis suivant :



Son corps a sans doute été retrouvé et il sera inhumé le 11 février 1886. Mais la date de décès ne figure pas sur le permis d’enterrer.


Permis d’enterrer de Jaques-Henri Gauthey le 11 février 1886

Et depuis 1886 ?
Je ne connais pas tous les nouveaux propriétaires de cette ferme après le décès de J.-H. Gauthey.
Il faudrait pouvoir disposer des anciens actes de vente pour le savoir exactement.

Il semble qu'elle  appartenait à la famille d’Armand Monnier, parti à Champvent vers 1920.
Est- ce lui qui l’a vendue à Charly-Bovet-Baudat (1905-1977) ?
(en 1938 selon Myriam Monnier-Bovet).
Selon Louisa Morel, la mère d’Armand Monnier, Julie Lucie Baudraz (veuve Matthey) aurait habité la maison  jusqu’à son décès en 1933 avec son fils Florian ainsi que les enfants du premier mariage d’Armand : Roger François et Denise.
Personne ne reprenant exploitation agricole, la famille Bovet a vendu la maison à M. et Mme Peiry après le décès de Charly et Alicia vers 1980.
Louis Pierre Bovet gardera une parcelle côté village pour y construire sa villa en 1971.


Quant à Jean-Louis Monnier, il achètera la maison aux Peiry, un peu avant que ces derniers décèdent en 2012.

Le nouveau propriétaire envisageant de créer plusieurs nouveaux appartements dans cette maison, il était temps d'en retracer son histoire.

Aspect actuel  en 2016


Côté Jura




Côté Alpes

dimanche 25 août 2013

Qui donc habite dans ce terrier ?

En se promenant dans les forêts d’Arnex et alentours  on découvre parfois de véritables concentrations de terriers plus ou moins utilisés.
Mais qui sont les locataires ? Renards, blaireaux ?
Pour le savoir il faut trouver un endroit où la terre est fraîchement remuée et placer en face une caméra qui se déclenche en cas de mouvement.


Entrée d’un terrier avec des traces récentes



Appareil de photo attaché à un arbre en face de la sortie du terrier


Puis, s’en aller en espérant que personne ne volera la caméra et revenir un à deux jours plus tard pour récupérer sa moisson de clichés.

Et fort heureusement, cette fois, au premier essai la récolte fut bonne.
En voici donc quelques échantillons pris de nuit et de jour.











Et voilà, grâce à quelques photos, le locataire des lieux est identifié !!

Et pour terminer, deux vidéos très courtes de notre vedette des terriers.


mercredi 21 août 2013

Le Château des Tours, près de Vuiteboeuf


Après avoir décrit quelques usines disparues de notre région, il faut également citer une importante construction, aujourd’hui recouverte par la forêt.
L’ancien château des Tours près de Vuiteboeuf.
Cet ancien château est cité dans les publications suivantes :
·           Au pied du Jura, Guide archéologique et historique de Victor-H. Bourgeois
·           Le dictionnaire historique du canton de Vaud
·           Le Nord vaudois de Ric Berger
·          Dictionnaire géographique de la Suisse, tome sixième, paru en 1910
       Dictionnaire historique suisse  (DHS)

CHÂTEAU DES TOURS
Selon Victor-H. BOURGEOIS (1864-1936) dans son ouvrage

AU PIED DU JURA
Guide archéologique et historique dans la contrée d’Yverdon et de Grandson
Edité en 1906, 1922 et 1982 (p.113)
A quelques minutes du village de Vuitebœuf, à gauche du chemin qui, longeant le pied immédiat de la montagne, conduit à Baulmes, se trouve sur une colline maintenant recouverte de forêt, les ruines d’un ancien château important et puissant certainement en son beau temps. C’est le château des Tours, qui a donné très probablement son nom à cette partie du bois, appelée aujourd’hui le « Bois des Tours ».


Les ruines du château des Tours sont notées sur cette carte de 1979

Les documents détaillés manquent sur ce château et son histoire. Il nous paraît certain qu’il faut y voir le château de Peney qui appartenait également aux Grandson et fut brûlé dans la guerre de Bourgogne.
A en juger par les ruines, ce château devait être assez considérable et de la position élevée qu’il occupait on dominait le pays au loin. Nous possédons un plan des« ruines du château des Tours », exécuté en 1869, lorsque les vestiges des murs étaient encore considérables et les vestiges des murs étaient encore considérables et que du reste il est facile de constater sur place, que l’ensemble comprenait deux parties distinctes. Au nord une sorte de longue terrasse  avec deux grosses tours circulaires, peu distantes l’une de l’autre, et au sud le corps de bâtiments en forme de rectangle, avec deux tours ou tourelles du côté de l’entrée, au nord.
Les deux parties étaient entourées de fossés, encore très visibles en certains endroits. Le passage qui franchissait le fossé pour réunir les deux divisions en formant porte est encore parfaitement reconnaissable. Cette porte donnait du corps des bâtiments sur l’esplanade.
Les angles des fossés autour du château sont légèrement arrondis, et le côté nord défendant la terrasse était en demi-cercle, L’emplacement des tours est encore très visible et s’accuse par des enfoncements du sol en forme de cuvettes, provenant probablement de l’effondrement des voûtes des sous-sols.
Au sud, devant la face du château regardant du côté de Baulmes, un monticule élevé surplombe le fossé bien conservé sur toute sa longueur. ll est probable que les conditions naturelles du terrain de ce côté-là avaient obligé les constructeurs à renforcer la défense du château sur un point qui semblait plus exposé que les autres. Que ce tertre soit naturel ou artificiel, il n’en existe pas moins et pouvait certainement être utilisé pour la défense, à moins qu’il ne se soit formé par un amas considérable de débris de constructions, effondrés et recouverts peu à peu de végétation.
Nous ignorons si des fouilles ont jamais été pratiquées en ce lieu. Il est certain qu’elles ne manqueraient point d’intérêt.
On a trouvé dans le Bois des Tours un superbe bronze, un Mercure aux yeux d’argent, qui fut donné au musée par le propriétaire.
Signaux avec le Château de Ste-Croix
Une autre question se pose à notre curiosité, dont nous avons déjà parlé à propos du château de Sainte-Croix. Les deux châteaux des Tours et de Sainte-Croix étaient-ils en communication par des signaux optiques, l’un avec l’autre, tous deux appartenant aux Grandson ?
Aujourd’hui les bâtiments des deux édifices ayant disparu, on ne voit plus d’un emplacement à l’autre ; mais il nous paraît fort probable et même certain que, lorsque les tours des deux forts s’élevaient fièrement sur leurs points dominants, on devait se voir de l’un à l’autre et communiquer par signaux. De même avec le château de Champvent peu éloigné et très visible depuis les Tours.

Dans le Dictionnaire historique du canton de Vaud ( E. Mottaz 1921) , on trouve un Article signé  V-H. Bourgeois
TOURS (Château des). (Page 700)
Commune de Vuitebœuf, cercle de Baulmes, district d’Orbe.
A quelques minutes au S. du village de Vuitebœuf, sur la rive droite de la Baumine, se trouvent, sur une colline boisée, les ruines du Château des Tours, qui a donné son nom à la forêt qui l’environnait, le Bois des Tours. Les documents détaillés manquent sur ce château et son histoire, mais il est certain qu’il faut y voir l’ancien château de Peney, ce village n’étant du reste qu’à 1 1/2 km. vers l’Ouest.
Ce château appartenait aux Grandson comme ceux de de Champvent et de Ste-Croix ; il commandait avec ce dernier, le passage du Jura. Il fut détruit à l’époque des guerres de Bourgogne.
Il ne reste que peu de traces visibles du château des Tours.


Selon Ric Berger (1894-1984) dans son ouvrage « Le Nord vaudois » réédité en 1985 (page 69)

Le château des Tours
Vuitebœuf, la dernière étape dans la plaine avant de grimper à Sainte-Croix, possède quelques curiosités architecturales.
Tout d’abord une étonnante église du début de ce siècle, la tour du hameau de Peney, reste d’une église gothique démolie ; de belles façades jaunes en pierre du Jura ; et enfin, caché au haut d’une colline entre les deux chemins qui conduisent à Baulmes, les ruines d’un important château moyenâgeux, dit «  Des Tours».
Si on l’appelle encore ainsi c’est qu’il a eu autrefois des tours bien visibles de loin Aujourd’hui, hélas, il n’en reste quasiment rien, malgré la place qu’il occupe dans l’histoire vaudoise. Victor Bourgeois, dans son «Guide du pied du Jura» lui consacre deux pages et croit y reconnaître le château de Peney qui appartenait aux seigneurs de Granson et qui fut brûlé pendant les guerres de Bourgogne, et jamais reconstruit.
A cette époque il ne faisait pas bon être du côté des vaincus !
Pourquoi un château de Peney et non de Vuiteboeuf ? Les ruines sont pourtant beaucoup plus proches de la dernière localité. C’est que primitivement, le village de Peney était plus important que Vuitebœuf qui s’est développé plus tard à cause de sa situation, de ses moulins au bord de l’Arnon. Alors qu’au Moyen Age Vuitebœuf n’était qu’un hameau de Peney, aujourd’hui c’est le contraire.
Le Château moyenâgeux de Peney-Vuitebœuf date probablement de l’époque gothique (1200- 1500) puisque ses tours étaient rondes et que les tours rondes n’apparurent chez nous qu’au Xllle siècle, sous l’influence de la Savoie.
Sous la forêt qui couvre aujourd’hui la colline dite des Tours, les ruines qui parsèment le terrain permettent difficilement de reconstituer le plan du château. Bourgeois avait réussi à s’y reconnaître à l’aide d’un plan dressé en août 1869, et qu’il n’avait malheureusement pas publié dans son guide.

Plan de 1869

Grâce à l’obligeance de M. Henri Deriaz, juge de paix à Baulmes, qui nous a procuré ce précieux plan, nous avons pu reconstituer l’aspect des lieux en 1869 en vue à vol d’oiseau, ce qui permet aux visiteurs de se rendre compte de l’importance de ce château féodal.
Cette forteresse était composée de deux parties distinctes allongées parallèlement au Jura, et entourées de fossés encore reconnaissables aujourd’hui sous les arbres. Au nord une longue terrasse, flanquée de deux tours rondes, se terminait en demi-cercle du côté du village. Les tours ont disparu mais leur emplacement est marqué par des cuvettes provenant, affirme Bourgeois, de l’effondrement des voûtes des sous-sols.
Au sud, le château proprement dit avait un plan rectangulaire arrondi aux angles. Le passage surélevé qui franchit le fossé entre le château et l’esplanade aux deux tours est encore fort bien marqué sur le terrain.
Enfin au sud du château, mais toujours à l‘ intérieur du fossé, se dresse un monticule élevé,que l’on croit avoir été une défense du côté le plus exposé aux attaques
Il faudrait fouiller toute la colline pour reconstituer le plan du château d’une manière sûre, car en 1869, il y avait déjà quatre siècles que les murs mouraient lentement. Si, à cette époque, on avait eu un peu des égards que l’on voue maintenant aux monuments du passé, bien des ruines seraient parvenues à nous en meilleur état. Du moins devrait-on se hâter de sauver le peu qui reste en le plaçant sous la protection de l’Etat.

Dans la Feuille d'Avis du 21 octobre 1963, en page 44, Ric Berger fait paraître un article sur ce château. Article qui reprend en grande partie le texte ci-dessus.


Un relevé archéologique des lieux
Il n’y a jamais eu de fouilles sérieuses de cette ancienne bâtisse.
Mais on peut trouver un relevé des lieux assez sommaire sur le site suivant :
http://www.archeoplus.ch/fr/archeo/vuiteboeuf/vuiteboeuf-fr-index.htm

Pas beaucoup d'autres sources
Il faut avouer qu'il est assez difficile de trouver d'autres mentions de ce château.
Dans son ouvrage sur les Dynastes de Grandson de 1866,  de Charrière n'en parle pas.
Il est vrai qu'il s'est penché surtout sur la généalogie de cette famille qui a marqué l'histoire vaudoise.





Une visite sur place




Le bois des Tours, vu depuis la route Baulmes-Vuiteboeuf

Le site n’étant pas très éloigné, une petite visite s’impose.
Mais disons-le tout net, ce n’est pas très spectaculaire durant la période de végétation.
Depuis des siècles d’abandon, la forêt a repris ses droits et sans le petit croquis cité par Ric Berger il est impossible de reconstituer les différentes parties de ce château.
Mais le monticule côté Baulmes est bien visible.


Monticule côté Baulmes

Quelques restes de murs plus ou moins apparents


Restes de murs fortement arasés


Mais quelques nouveaux habitants, renards ou blaireaux ont repris possession des lieux




Entrée du terrier d’un archéologue à quatre pattes.