mardi 15 novembre 2011

L'étang d'Arnex,ancien et nouveaux


 L'étang sur la carte de 1810

Selon Frédéric de Charrière, les moines de Romainmôtier s'étaient réservé la pêche de l'étang d'Arnex à l'époque où ce village était encore possession du Couvent
Cette carte de 1810 nous en montre bien sa forme  et sa superficie de 15 hectares
Son eau a tout d'abord permis  de faire tourner le Moulin Vieux situé à quelques centaines de mètres.
Puis par un canal, appelé le fossé du Moulin, cette eau a été acheminé  jusque sur Chenau pour alimenter un nouveau Moulin dont la date de construction n'est pas bien connnue.
Sans doute durant la première moitié du 17ème siècle.
Cet étang a causé de multiples procès entre ses différents propriétaires et le communiers d'Arnex.
Chaque partie estimant avoir le droit de récolter le fourrage pousssant autour de l'Etang.
Par trois fois le conflit s'est terminé au Tribunal.
Quant aux sangsues, elles étaient fort appréciées à l'époque.
Ainsi le pharmacien Zorner d'Orbe, puis le docteur Junod de Romainmôtier en 1854 ont signé avec la commune un bail leur garantissant l'exclusivité de la pêche de ces bestioles !

Vers 1900, la vapeur remplaçant peut à peu la force motrice de l'eau, la commune rachète le moulin et surtout l'étang pour en capter les sources.
Ceci afin d'installer le réseau d'eau sous pression du village en 1907.
L'étang est donc asséché, drainé et mis en culture.
Mais en 1968, il est décidé de planter des carolins sur ces terrains tourbeux, pas toujours faciles à cultiver.
24 ans plus tard, les peupliers sont prêts pour l'abattage.
Mais après avoir déduit du prix de vente de 607 m3 de bois, les frais d'abattage et de débardage, il ne reste pas grand'chose !

Le nouvel étang
Au vu du maigre résultat de l'opération (qui laisse un revenu de  156 francs par an) l'ingénieur forestier David Petter avec la collaboration de Jean Daniel Gauthey propose alors en 1992 la création d'un nouvel étang.




Plan de l'étang de 1992

Ainsi sur une surface de 3,5 ha un nouvel étang de 1.55 ha est creusé.






Un joli plan d'eau apprécié tant par les oiseaux que par les batraciens.
Sans oublier les libellules !


L'étang de 1992 aux couleurs du soir...


...ou vu du ciel



Photo Marlène Rézenne


Un nouvel habitant en avril 2015





Avec de bonnes dents on vient à bout de ce tronc !

Si les dégâts sont faciles à observer, il est par contre beaucoup plus difficile d'apercevoir Monsieur castor sur les bords de l'étang !

Et pourtant, le 8 mai 2015 vers 10 h. on pouvait voir 3 à 4 individus évoluer dans ce secteur.
C'est donc toute une colonie qui apprécie ces lieux !


Secteur de l'étang où s'affairent les castors


Un nid de hérons
Mais pour ne pas faire de jaloux il faut encore évoquer, en ce printemps 2015, la présence d'un nid de hérons avec trois petits au milieu de l'étang,.
Alors qu'habituellement, ils nichent le plus souvent au sommet d'un arbre.



Nid de hérons au milieu de l'étang


Pas encore beaucoup de plumes. mais déjà un grand cou!   (Photos hérons de Vincent Morel)


Les nouvelles gouilles derrière Bioute
A fin 2018, quelques nouvelles gouilles ont été aménagées pour profiter de l'eau du ruisseau de la Combe et peut-être aussi de la source de Villars.

Ce tronçon de ruisseau avait déjà été creusé il y a quelques années.



Toute une série de petites gouilles prêtes pour accueillir une nouvelle faune



Le détournement des eaux du Nozon rière Croy en 1767

On sait que les eaux du Nozon, ce grand fleuve qui nous vient de Vaulion, ont toujours été fort convoitées.
On les utilisait pour faire tourner les moulins, pour remplir les écluses du canal d'Entreroches ou pour d'autres usages.
Devant le moulin Bornu, ses molécules d'eau peuvent hésiter entre un voyage vers le sud, avec la Venoge, le Léman et le Rhône ou par le Nord avec le Rhin.

Mais on ignore souvent que, comme le signale Eugène Mottaz, je cite :

"Les eaux du Nozon ont failli être détournées d'une façon plus complète.
En 1767, l'assesseur baillival Grobéty, de Romainmôtier, et quelques autres propriétaires avaient sollicité de LL.EE. la dérivation du Nozon pour l'irrigation des terrains situés dans la combe entre Croy et Bretonnières, d'où les eaux auraient été rejoindre l'Orbe"




Une opposition formulée par les communes de La Sarra, Orny et Pompaples et par les seigneurs de ces localités fut repoussée par la Cour baillivale; mais un arrêt de la Chambre des Appellations romandes, du 3 janvier 1775, donna raison aux opposants".

La commune d'Arnex faisait partie des communes de la Terre de Romainmôtier, favorables à ce projet de détournement.
Elle dut participer aux frais de ce procès perdu pour la somme de 325 florins.
Somme remise le 19 janvier 1776 au procureur Potterat, par le gouverneur Jaques Antoine Monnier à l'intention des Très Nobles Seigneurs de Gingins.



Quant au Nozon il a pu garder son ancien cours, alimenter la cascade du Dard et les roues du moulin Bornu avant de se perdre dans l'Orbe.


Les compteurs d'eau

Quoi de plus banal qu'un compteur d'eau ?




Il suffit d'ouvrir son couvercle pour découvrir sa consommmation annuelle.




Et pourtant....
Et pourtant, il a fallu bien du temps pour décider de les installer dans chaque maison du village d'Arnex.
Quand, en 1907, l'eau arrive sous pression dans les maisons grâce au réservoir du Crêt de la Perrause , la facturation de ce liquide s'établit par robinet.

Le 20 février 1907, le Conseil adopte le projet d’amenée d’eau et fixe le prix de la concession des ménages à 25 francs pour le premier robinet, 12 francs pour le second et 6 pour les suivants, avec une durée minimale de 10 ans.
Mais ce mode de faire ne pousse pas à l'économie. Et comme les sources de l'étang ne sont malheureusement pas très généreuses, le manque d'eau se fait souvent sentir, surtout au quartier de la gare, le plus élevé du village.

Les mises en garde, les recommandation d'économiser l'eau ont peu d'effets.
Alors en 1926 la Municipalité commence à se renseigner sur le prix des compteurs.Sans doute très chers puisqu'il faut attendre 1930 pour que Jacques Lavenex, dit Caqueïon, surveillant du réseau d'eau ait l'autorisation d'en prendre un à l'essai.
Un essai qui va durer, car ce n'est qu'en 1935 que sera nommée une commission pour étude de l'achat des compteurs.
Là encore pas de précipitation, six ans plus tard, en février 1941 le Conseil général après avoir entendu le rapport de la dite commission décide par 35 oui contre 15 non de poser des compteurs.
Une opération impliquant un emprunt de fr. 10'000.-
Soit fr 6'200.- pour les compteurs , plus environ fr 4'000.- pour les frais de la pose effectuée par les maréchaux Poget et Mounoud.
 La Municipalité peut donc passer commande de 150 compteurs 3/4



Des compteurs qui permettent actuellement de facturer l'eau au prix de fr. 0.60 par m3, ce qui est très bas pour la région.
Mais depuis 1992, s'y ajoute une taxe d'épuration de fr. 2.- par m3.
Une taxe qui a passé à fr. 2,60 dès 2011, à cause de l'augmentation des frais pour l'élimination des boues.
On voit donc que l'eau sale coûte ainsi quatre fois plus cher que l'eau propre !!
Quoi de plus banal qu'un compteur d'eau ?

Et bien un autre compteur ...



Une seringue pour les pompiers

En 1559, dans les mémoires de Pierrefleur, il est écrit que :
le vendredi second jour de juin, par infortune le feu se prit à Arnex, qui y brûla cinq maisons.Et le dit jour au soir tomba autant de grêle qu’homme vivant visse jamais tomber ; ce néanmoins elle ne fit pas grand dommage, mais l’eau qui tomba avec la grêle en fit grandement.

Voici donc le premier incendie connu du village.
Cinq maisons pour un petit village de 32 feux, c’est un sinistre important, mais dont on en ignore la localisation exacte.
A cete époque les incendies pouvaient causer de grands dégats car les moyens de lutte n'étaient pas très efficaces
Alors en 1697, le gouverneur d’Arnex reçoit cette missive du Bailli Nicolas Manuel :

A vous le Sieur gouverneur d’Arnex, Salut.En exécution des ordres souverains, nous vous mandons et vous commandons de vous rencontrer icy demain positivement à quatre heures après midi pour recevoir deux seringues servant à jeter l’eau, en cas d’incendie, dont Dieu nous préserve et apporterez en mesme temps le paiement à raison de 15 Livres 6/8 la pièce a quoi ne manquerez.
Donné ce 17 mai 1697. »

 Fort heureusement, la technique évolue, et en 1866, la commune d'Arnex achète une nouvelle pompe à Maurice de Lerber


Pompe à incendie des usines de Lerber de Romainmôtier


Après la pompe à de Lerber viendra le tour des  motopompes : une  Renault en 1936, puis la motopompe encore utilisée, achetée à Contra feu pour  fr. 10'800.-  et datant de 1961.
Mais en cas de sinistre important, arriveront sans doute les camions pompes des pompiers d'Orbe



Il apparaît ainsi qu’avant l’ECA, LL.EE se préoccupaient déjà de la défense incendie de leurs sujets, bien que, indubitablement, sans aucune subvention sur le matériel 

 Seringues d'étain pour lutter contre le feu

Avant, ces belles, mais peu efficaces seringues, on utilisait en cas de sinistre, des seaux de cuir appelé "Brochet".
A signaler que très souvent les nouveaux bourgeois de la commune offraient un ou plusieurs brochets de cuir lors de leur admission à la bourgeoisie du lieu.
Brochets de cuir dans la vitrine de la commune de Grandvaux

L'ancienne tannerie d'Orbe

Vue de l'ancienne tannerie à travers l'arche du Grand Pont

Quittons une nouvelle fois le territoire d'Arnex pour jeter un coup d'oeil sous le Grand Pont en direction de l'ancienne tannerie d'Orbe dont on distingue encore quelques murs le long du sentier des Présidents.



Au début du XXème siècle cette tannerie était la propriété de Ch. Schwille. Elle est reprise en 1932 par Jacob Eggiman. A sa mort en 1957, la tannerie cessera son activité.
Mais c'est l’incendie du 25 février 1965 qui sonnera le glas de ce bâtiment qui était encore encore habité.
On en distingue encore quelques pans de murs.

La tannerie d'Orbe, comme celle de la Sarraz, s'approvisionnaient en écorce de chênes dans les forêts de la région.
Les gens de Croy et aussi de Bofflens en ont produit de grandes quantités jusqu'à la fin de l'activité des tanneries.



Une série de mailloches utilisées pour frapper les troncs de chênes pour décoller l'écorce au printemps



Petit outil pour lever l'écorce de chêne

Pour la petite histoire, signalons qu'en 1867, Charles Bonnard, tanneur à Orbe fait marché avec la Municipalité d'Arnex. Celle-ci lui laisse lever l'écorce des chênes abattus pour payer l'édification d'une huilerie.
Au prix convenu de soixante francs, se sont ajoutés trois francs d'amende que Charles Bonnard dût payer en plus,  pour avoir osé transporter sa récolte un dimanche !

Deux mots à propos du Grand Pont d'Orbe :
C'est Adrien Pichard qui en étudie les plans et Henri Perregaux qui le termine.
Commencé en 1826, il fut achevé en 1830.

Et les premières années,  il fallait s'acquitter d'un péage pour le traverser!

Pierre du milieu du Grand Pont



Inscription sur la pierre située au milieu du Grand-Pont :

CONSTRUCTION ORDONNEE PAR  DECRET
DU 5 JUIN 1823
LA PEMIERE  PIERRE FUT POSEE  LE 29 JUIN 1826
ET L’OUVRAGE TERMINE EN 1830

MONUMENT ELEVE PAR LE PEUPLE VAUDOIS
A L’UTILITE PUBLIQUE

Les moulins d'Arnex


Il y a eu plusieurs moulins au cours des ans.
 En voici un, avant de profondes transformations.

Derniers de ce  moulin propriétaires au XXe

Louis Rochat des Charbonnières revend ce moulin en 1905 à la Commune qui désire capter les sources de l’étang pour approvisionner le village en eau (les détails de cette opération figurent dans le chapitre consacré à l’approvisionnement en eau).
En mars 1906, la commune cherche à revendre le bâtiment, mais il n’y a pas d’acheteur. Elle se résigne alors à réparer le toit et à louer l’huilerie à Auguste Gauthey (1870-1935), feu Eugène pour fr 3.50 par jour.

Finalement en 1908, soit deux ans plus tard, le moulin sera acquis par Félix Devenoge (1878-1943) et son frère Charles pour le prix de 7'100 fr. Ils vont sans doute le revendre car selon Louisa, c’est en 1918 que son père Abram Monnier, alors âgé de 41 ans, achète le moulin à Gustave Monnier dit « Caïn »… Abram pourra y loger sa femme Louise, ses trois filles et les enfants qui viendront plus tard.

Le pressoir communal

Construit juste à côté de l'église en 1818 le pressoir communal était misé chaque année.
Au départ  la vis  est en noyer, puis en métal vers 1880.
En plus du pressoir, ce bâtiment a aussi abrité un certain temps la pompe à incendie et une classe d'école à l'étage.
Ceci jusqu'en 1921, date de construction du nouveau collège.

Le pressoir été acquis par la famille Lavenex en 1922.


L'ancien pressoir communal à côté de l'église