vendredi 11 novembre 2011

La fièvre aphteuse, fléau de nos troupeaux

La fièvre aphteuse

Voici donc, l'histoire de cette maladie et le récit de l'épizootie de 1938 qui causa la perte de presque tous les bovins et porcins du village d'Arnex sur Orbe.

Les épidémies de fièvre aphteuse.

Cette maladie fort contagieuse, d’origine virale, atteint les bovins, les porcins, ovins et caprins. Mais très rarement l’homme. Cette maladie fort ancienne préoccupait déjà LL.EE de Berne qui mettent en place des règles très sévères pour éviter tout risque d’infection pour le bétail en transit ou estivant sur les pâturages de Franche-Comté.



Règlement de LL.EE. de 1765

A cette époque la maladie se nommait surlangue et on en donne la description suivante



Mais selon Maurice Bossard, il faut se méfier un peu de ce terme de surlangue qui a souvent été employé à cette époque pour nommer aussi le charbon.
Mais avec le charbon, les parties infectées dégénèrent en gangrène.


Le 29 novembre 1938 le Journal d’Orbe fait un bref historique de cette maladie







Cet article donne plus de détails sur l'épidémie de 1938 qui fit disparaitre presque tous les bovins d'Arnex

Auparavant, vers la fin du 19ème siècle, en 1897 et en 1899, on note deux attaques de fièvre aphteuse au village d’Arnex.

Mais des attaques assez restreintes ne touchant qu’une à trois étables et  une trentaine de bovins.
Puis il y aura 7 bovins au printemps 1900 et une étable touchée en 1914.
En 1920 l’attaque est plus importante avec quatre étables et 13 bovins.
Mais cette année-là les mesures de séquestre auxquels est soumis le village vont retarder le chantier du nouveau collège, ce qui mécontente fortement les entrepreneurs qui craignent de ne pas pouvoir tenir les délais.
 La grande épidémie de 1938.
Une épidémie qui va toucher presque toute la Suisse : quatorze cantons et 520 communes sont touchés, soit près de 100'000 animaux.
Le premier cas de déclare à Arnex le 3 novembre 1938.
 



Quelques jours plus tard d’autres troupeaux sont atteints.

 
 
La détresse des éleveurs
Comme pour les cas précédents, l'épidémie de fièvre aphteuse de 1938 prendra fin.
Mais les séquelles seront là et il faudra  du temps pour les effacer, comme l'expliquent quelques articles des journaux de l'époque.
Le 23 novembre 1938 on peut lire dans les colonnes de la Gazette de Lausanne les lignes suivantes.
On nous écrit d’Arnex sur Orbe

La vie semble s’être retirée de notre laborieux village toujours si animé. Derrière nos barrières grises, à travers le brouillard plus gris encore, nous n’apercevons que la silhouette d’un gendarme faisant sa ronde.
Ce silence de mort n’est troublé que par le bruit sinistre des camions sanitaires emmenant vers Vevey, un peu de la vie de nos campagnards et tout leur avenir.Une fois dans la matinée le tintement de la clochette fixée sur la porte d’entrée et reliée aux barrières par une corde nous fait tressaillir. C’est le commissionnaire qui vient s’enquérir des besoins du ménage pour la journée. Ce soir il nous apportera notre pain, notre lait.
(Les anciens auront reconnu le commissionnaire, c’était Albert Devenoge (1908-1974) qui de la fonction de commissionnaire garda le surnom de « Panier »).
Toute la journée va se passer ainsi dans l’angoisse et le désespoir.On s’était tant donné de peine, on avait tant travaillé et l’on était fier de son troupeau et maintenant la vue de ces étables vides nous fait mal au cœur. C’est à des scènes déchirantes que l’on assiste parfois. Ces bêtes, on nous les arrache plus qu’on ne nous les prend.
Et puis il y a toutes les pommes de terre, les betteraves qui leur étaient destinées.
Qui les prendra ? Le foin se garde, mais les céréales ? Il ya le lait qu’il faudra acheter au lieu de le vendre. Il y a le fumier indispensable aux semailles qu’il faudra remplacer par des engrais.Cette année 1938 restera dans tous les souvenirs, par ce qu’elle aura apporté de tragique pour notre vaillante population.
Ce fut en mars le gel. Notre grand et beau vignoble a souffert comme ont souffert les autres vignobles du canton. Et cependant du fait que nous ne sommes pas essentiellement viticulteurs nous n’avons rien touché des subsides et des souscriptions accordés aux vignerons éprouvés par le gel.
En juin ce fut la grêle qui anéantissait le dernier et frêle espoir du vigneron et compromettait sérieusement la récolte du blé et autres céréales.
Ce fut de tristes vendanges.Toujours courageux et confiants nous nous reprenions à espérer en des jours meilleurs. Hélas ils étaient plus sombres encore ceux qui devaient venir.
En quinze jours ce sont les trois quarts des étables abritant du magnifique bétail qui sont vides. Ce sont plus de 350 bovins et 500 porcs qui sont emmenés, malades ou pas sous les yeux consternés de leurs propriétaires.
C’est pour plusieurs le coup mortel. Tout commerce étant arrêté comment faut-il faire face aux exigences du moment ?
C’est en effet maintenant qu’arrive le terme des paiements de la ferme, des locations, des mises de fourrage, des maîtres d’état, etc, etc. Elles sont longues ces heures passées à réfléchir. Ces bêtes qu’on nous prend elles sont bien payées, c’est un fait, mais à leur valeur d’aujourd’hui. Et nous comptions sur celle de demain. Avec la rapide extension que prend la fièvre aphteuse savons-nous quand le commerce redeviendra libre et quand nous pourrons racheter la première vache ?
Il faudra de longues années pour remplir les étables qu’on nous a, si impitoyablement vidées. Et pourtant, désemparés, découragés, nous ne nous ne laisserons pas vaincre par le désespoir.
Tous ceux qui sont moins cruellement frappés, auront à cœur d’aider nos braves campagnards et nous ne doutons pas que cette sympathie ne se traduise en un élan de prompte solidarité.
Signé A. D.



Mais, qui pourra nous dire en 2011, quelles étaient ces légendes saugrenues !!
 

Ce sera aussi la plus grande attaque ayant touché le village d’Arnex. Seule une demi-douzaine d’étables échappent au fléau et il faudra éliminer plus de 550 bovins et autant de porcs.
Toutes les étables infectées sont placées sous séquestre.
Toute vie sociale est annulée. Les séances de Municipalité sont suspendues du 22 octobre au 7 décembre 1938.

Il en est de même pour beaucoup d’autres activités





Barrière de quarantaine au Dévent au-dessus d'Orbe en 1938

Un dernier cas éclatera encore en janvier 1939 à Arnex chez Max Lavenex.
 
Arrivée des brunes au village.
 
Suite à cette maladie, les Monnier « de la Poste » mécontents de la politique cantonale durant l’épidémie vont abandonner la Simmental, la race officielle vaudoise pour continuer leur élevage avec un troupeau de race brune.
Une race qu’ils garderont jusqu’à l’abandon du bétail par Georges et Marcel.




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